
On vit dans un monde de pannes. Pannes d'électricité (une pensée pour les tempêtueux landais), pannes de chaudière (dans ma campagne, les radiateurs ont gelé), pannes d'essence (mais pas des sens), pannes de télé, pannes d'ordi, j'en passe et des encore plus pannées. Sauf qu'on vit une époque formidable, une époque qui a inventé, en français dans le texte, les « hot lines ». Littéralement, ça veut dire « lignes chaudes ». Mais rien à voir avec un rail de coke carbonisé ou un fil à pêche trempé dans le potage. Il s'agit, vous l'aviez compris amis bilingues, de standards téléphoniques censés vous sortir de la mouise, vous tendre une main secourable, vous dépatouiller de vos emmerdes, bref vous dépanner.
En général, les sauveteurs en ligne arborent un fort accent étranger, oeuvrent dans un pays de l'Est ou du Maghreb, sont invariablement aimables à défaut d'être toujours compatissants et se font longuement désirer avant de pouvoir être joints. Mais ont le mérite d'exister et de, parfois, réussir à résoudre nos vastes et complexes problèmes : « quand je clique sur OK, ma bécane se met à chanter la Marseillaise, c'est normal ? » Ou encore : « Mon lave vaisselle refuse de me donner l'heure, faut-il changer le carburateur ? »
Je les plains, les hotliners, même s'il m'arrive de pester contre certains qui, après m'avoir fait « reconfigurer » (vocable très en vogue chez les informaticiens, faut faire bonne figure) tout le bureau et la moitié du disque dur, ce qui peut prendre des plombes et moult manipulations périlleuses surtout pour un béotien de mon espèce, finissent par m'annoncer d'un ton triomphalement résigné qu'il me faudrait changer tout le bazar et que ça me coûterait plus cher que d'en racheter un neuf.
Bon, quand on appelle une hotline, on sait à quoi on s'expose : discourir des heures avec un lointain interlocuteur virtuel (ils ne vous donnent jamais leur nom et pour les rappeler, bernique) et professionnellement impassible. Du coup, je préfère quand ils se déplacent. Pour le lave vaisselle, le four ou le frigo, ça vaut le coup. Je ne m'imagine pas démonter le truc, le combiné du téléphone coincé sur l'épaule gauche et la pince monseigneur entre les dents. Dans ces cas là, c'est normal, il vous donnent un rendez-vous. Une fois qu'on a trouvé le jour, faut se mettre d'accord sur l'horaire. C'est là que ça se complique : « entre 8 et 13 heures » qu'ils vous annoncent, ou « entre 13 et 18 heures ». Ah ben, ça fait de la marge. Vous imaginez, vous, filer rencard à votre dulcinée en ces termes ? « Retrouvons nous devant l'Opéra Garnier entre 13 et 18 heures. T'inquiètes, je suis toujours ponctuel. »
Donc, pour peu que tu aies choisi la tranche « 8-13 », tu te prépares, tu te lèves à l'aube, histoire de ne pas être pris au dépourvu, oeil vitreux et crin hirsute, tu es fin prêt pour accueillir dignement ton sauveur en bleu de chauffe. Évidemment, il se pointe à treize heures quarante en grommelant une vague excuse, mais tu es tellement content que tu ne mouftes pas. En trois coups de tournevis à pot, c'est réparé, même que si t'avais su, tu aurais pu le faire toi même, économiser ainsi une bonne matinée et deux cent cinquante euros. La prochaine fois, tu opteras pour la tranche « 13-18 », comme ça tu pourras faire la sieste.
Allez, rendez vous pour mon prochain blog, un de ces quatre, entre 8 et 18 heures. Surtout ne soyez pas en retard, je déteste ça.