vendredi 21 novembre 2008

VARIATIONS






















mardi 11 novembre 2008

N'EN CH'TIS PLUS !


Ils sont partout. Le gars Kad avec sa calvitie épatée et l'autre, le damné Boon à gapette, qui hennissent toutes gencives dehors sur des panneaux publicitaires de deux mètres de haut sur autant de large. La photo ressemble à une sorte de remake de Bourvil et de Funès, époque « Le Corniaud », sauf que, bien sûr, vous l'aviez reconnue, malins que vous êtes, il s'agit de l'enseigne de « Bienvenue chez les ch'tis ». Un film qui, paraît-il, a remporté un certain succès et dont on fête désormais la sortie en dvd, à 14,90 euros TTC, l'affaire du mois, c'est mon dernier prix.
Je n'ai rien contre le « phénomène ch'tis », je ne suis pas du genre à déployer une banderole sur mon balcon, du moins je n'en suis pas encore à ce stade. D'ailleurs le film, je ne l'ai même pas vu, mais on m'a dit que tout ce qui était vraiment marrant était dans la bande annonce, alors... Pourtant, ils commencent à me courir un ch'ti peu, nos faux copains du nord, Kad et Boon. Qu'ils se fassent des glaouis aurifères (c'est comme ça qu'on dit chez eux ?) en vendant leur camelote, passe encore, c'est la la rançon du succès et du commerce, sauf que là, ça tient du harcèlement. Ils sont partout, disais je. Dans mon supermarché, qui leur a consacré un rayon entier, avec présentoirs géants et produits dérivés, t-shirts, pantoufles et casquettes, entre la poissonnerie et les surgelés. Dans mon video club, dont la vitrine est obstruée par l'affiche, quoique le film soit impossible à dénicher, soit pas encore rentré, soit déjà loué.
Mais le comble du comble, c'est dans le petit bureau de poste de mon village. Vous y pénétrez pieusement, votre bulletin de recommandé à la main, et, aaargggh, les bouilles kadesques et boonesques vous accueillent avec leur rictus de vampires bouffeurs de frites. « Comment se fait-ce, m'enquéris-je courtoisement auprès de la préposée, que vous vendassiez maintenant des dvd ? La Poste, cette honorable institution que chacun sait hélas en crise mais à laquelle tout le monde tient, serait-elle en train de se recycler sournoisement ? » « Pas du tout, me répondit ma postière, d'habitude on ne vend pas ce genre de choses, mais là, c'est pas pareil, hein, c'est les Ch'tis... » Elle aurait parlé de l'Abbé Pierre ou de Jeanne d'Arc qu'elle n'aurait pas été plus respectueuse.
Donc, çà y est, les Ch'tis sont devenus fierté nationale, au même titre que le camembert puant (on n'en vend pas à la poste) et le rouge gouleyant (non plus, quoique...). Bientôt, on éditera un timbre poste à leur effigie et on leur érigera des monuments reconnaissants sur les places de nos villages. Il y aura peut-être même un jour férié pour fêter ça. Saint Corniaud, priez pour nous.