samedi 13 septembre 2008

MORT D'UN ZAZOU


Je me souviens qu'à une époque, il fréquentait une fille qui ressemblait à une princesse russe en exil. Je me souviens qu'on a travaillé dans le même journal. Je me souviens avoir fait le boeuf avec lui dans un resto du parc des Buttes Chaumont, et qu'il jouait simultanément de la basse et de la grosse caisse. Je me souviens d'un super papier qu'il avait écrit sur Jean-Jacques Goldman, même que le J.J. en question était super mécontent et qu'il nous a fait un super procès. Je me souviens qu'il enregistrait des morceaux d'electro-rock-world avec un chanteur black qui s'appelait Bony Bikaye. Je me souviens qu'il avait parfois du mal à concilier son métier de journaliste avec celui de musicien. Je me souviens qu'il a produit un disque étrange, avec Björk, et d'autres chanteuses venues des mers froides. Je me souviens de son appartement dans une rue en pente, même que j'y avais récupéré un ampli guitare. Je me souviens qu'il a collaboré avec John Cale, Jon Hassell, Ryuichi Sakamoto, Laurie Anderson, David Sylvian ou Suzanne Vega. Je me souviens qu'il ne m'a jamais expliqué pourquoi il avait choisi un tel pseudo. Je me souviens qu'il a fait chanter Gérard Depardieu et Asia Argento. Je me souviens qu'il était né en Algérie et qu'il avait cinq ans de plus que moi. Je me souviens qu'il a obtenu une Victoire de la Musique en 1992, avec des chants polyphoniques corses. Je me souviens que la presse le traitait souvent d' « artiste iconoclaste ». Je me souviens qu'il adorait les métissages, en musique comme en cuisine. Je me souviens qu'il frayait avec des musiciens tibétains, ouzbèques, suisses, islandais, galliciens, américains ou africains. Je me souviens qu'il portait des lunettes et était habillé comme un dandy. Je me souviens qu'il avait composé la musique d'un défilé pour la Coupe du monde de football en 98. Je me souviens qu'en vrai, il s'appelait Pierre Job. Je n'oublierai pas Hector Zazou, qui nous a quittés le 8 septembre dernier.

vendredi 5 septembre 2008

IL SE FAIT LA MALLE


Thomas Fersen se paie notre tête. Rien qu'avec la pochette du disque (signée Mondino, s’il vous plaît), on aurait du se méfier : il y pose en redingote moirée et robe de mariée, genre magicien mamamouchi barbu et fêtard, sur fond de serpentins mutins. On connaissait déjà les manières excentriques du loustic, célèbre pour ses penchants zoologiques (cf « Zaza tu pues », l’un de ses derniers chefs-d’œuvre dédié à sa chienne) et sa collection de chapeaux haut de forme. On avait fini par se familiariser avec son petit monde grinçant et cahotique, façon cour des miracles quotidiens bourrée de monstres gentils et d’amours branquignolles, quelque part entre Jacques (Prévert), Alfred (Jarry) et Jean de (La Fontaine). Avec du Lapointe et du Higelin aussi, pour rester dans la chanson.
Bref Fersen, on s’était habitué. Même à ce qu’il fasse une tournée entière en revisitant toutes ses chansons à coups de ukulélé, cette guitare miniature qui est au musicien ce que le canif est au champion d’escrime. Mais là, il réussit à nous épater encore. Sous le désinvolte intitulé de « Trois petits tours », notre prestidigitateur de casino zinzin se livre à un véritable tour de passe-passe, que dis-je, une sorte d’exploit inédit dans les annales de la poésie mondiale, qui relègue Rimbaud au rang d’aimable rimailleur romantique et Hugo à celui de feuilletonneur laborieux : écrire des chansons d’amour pour… sa valise. Oui, vous avez bien lu, cette boîte en forme de caissette oblongue et cadenassée qu’on utilise la plupart du temps pour transporter ses effets personnels, eh bien Fersen en est amoureux. Il l’a même surnommée Germaine, sa valoche. Et lui consacre pas moins de trois chansons dans un album qui en compte onze. Presque plus fort que Renaud avec sa Romane…
Et le reste du disque, me demanderez vous ? Ben, entre ukulélé et percussions olé olé, musiquettes et ritournelles, c’est du pur Fersen, déjanté et délatté, avec cette voix qui traînaille et qui pétille, cette malice à fleur de rimes qui fait qu’on ne sait pas des fois si c’est de l’art ou du cochon, surtout quand c’est les deux. Dans les nouvelles aventures de Fersen Lupin, à part la valise dulcinée , on croise un concombre et un gratte dos, du chocolat et du formol, une punaise et des mouches. Bref, rien que de très ordinaire chez un mec avec un bagage pareil, fada de son barda, qui garde sa valoche sous les yeux. Fersen se fout de nous. Manquerait plus qu’on soit fou de lui.

mercredi 3 septembre 2008


Où s'en vont les messages qui n'arrivent jamais
Missives digitales, petits mots un peu niais
Dans quel cyber-espace, quel cimetière virtuel
Finissent les textos et meurent les courriels ?

lundi 1 septembre 2008

BEAU, OUI, COMME ZIGGY


Nous sommes le 20 octobre 1972, à Santa Monica, Californie. Sur la scène du Civic Auditorium (le Zénith local), s'agite une étrange créature au crin rouge et au teint pâle, engoncée dans une combinaison lamée et juchée sur des bottines à talons vertigineux, quelque part entre drag queen peinturlurée et martien décalé. Il s'agit d'un quasi nouveau venu sur la scène du rock'n'roll (du glam rock pour être précis, ce genre mi-théâtral mi-décadent qu'a inventé Marc Bolan avec son groupe T. Rex), un jeunot qui n'a encore que deux albums à son actif mais fait déjà largement parler de lui : David Bowie, puisque c'est de lui qu'il s'agit, n'a t-il pas posé en robe, sur la pochette de son premier disque « Hunky Dory » ? Désormais, le loustic androgyne semble se prendre pour un extraterrestre affublé du doux patronyme de Ziggy Stardust (zigoto poussière d'étoile, quel drôle de nom pour un E.T...), et se balade en compagnie d'un orchestre électrique très bruyant, baptisé The Spiders from Mars (des araignées sur Mars ? Pourquoi pas des cafards...).
C'est dans cet équipage que notre David encore à l'orée de sa carrière, débarque à Santa Monica, pour un énième show d'une longue tournée américaine qui provoque curiosité et excitation : tout le monde veut voir la bête sur scène, est-ce un homme ou une femme, ni l'un ni l'autre, on dit qu'il a des antennes, de quelle planète sort-il ? Un concert enregistré par une radio locale, et enfin publié en cd, sous forme de joli mini- coffret, avec cartes postales promo d'époque. Outre le son, plus que correct vu les conditions techniques d'alors, le disque bénéficie de quelques versions acoustiques plutôt rares de chansons bowiennes, comme « Andy Warhol » ou « Space Oddity », dans laquelle le major Tom tente d'imiter à pleine gorge le bruit des réacteurs de sa soucoupe volante, et « My death », adaptation d'une chanson de Jacques Brel.
Alternance de rocks durs (« Hang on to yourself », « Ziggy Stardust », Queen Bitch », « Suffragette City », et même « Jean Genie », annonciatrice de l'album suivant, « Aladdin Sane ») et de ballades jouées à la guitare douze cordes, ce document historique démontre, s'il en était besoin, l'extraordinaire charisme scénique du héros, et l'efficacité du meilleur groupe qu'il ait jamais eu, avec, entre autres, Mick Ronson à la guitare et Mike Garson au piano.
Comme dit David lui même, sur les notes de pochette : « A l'époque, je ne me contentais pas de jouer le rôle de Ziggy Stardust, j'étais vraiment lui... » Même nous, on y croyait... Dur comme rock.