
Je me souviens qu'à une époque, il fréquentait une fille qui ressemblait à une princesse russe en exil. Je me souviens qu'on a travaillé dans le même journal. Je me souviens avoir fait le boeuf avec lui dans un resto du parc des Buttes Chaumont, et qu'il jouait simultanément de la basse et de la grosse caisse. Je me souviens d'un super papier qu'il avait écrit sur Jean-Jacques Goldman, même que le J.J. en question était super mécontent et qu'il nous a fait un super procès. Je me souviens qu'il enregistrait des morceaux d'electro-rock-world avec un chanteur black qui s'appelait Bony Bikaye. Je me souviens qu'il avait parfois du mal à concilier son métier de journaliste avec celui de musicien. Je me souviens qu'il a produit un disque étrange, avec Björk, et d'autres chanteuses venues des mers froides. Je me souviens de son appartement dans une rue en pente, même que j'y avais récupéré un ampli guitare. Je me souviens qu'il a collaboré avec John Cale, Jon Hassell, Ryuichi Sakamoto, Laurie Anderson, David Sylvian ou Suzanne Vega. Je me souviens qu'il ne m'a jamais expliqué pourquoi il avait choisi un tel pseudo. Je me souviens qu'il a fait chanter Gérard Depardieu et Asia Argento. Je me souviens qu'il était né en Algérie et qu'il avait cinq ans de plus que moi. Je me souviens qu'il a obtenu une Victoire de la Musique en 1992, avec des chants polyphoniques corses. Je me souviens que la presse le traitait souvent d' « artiste iconoclaste ». Je me souviens qu'il adorait les métissages, en musique comme en cuisine. Je me souviens qu'il frayait avec des musiciens tibétains, ouzbèques, suisses, islandais, galliciens, américains ou africains. Je me souviens qu'il portait des lunettes et était habillé comme un dandy. Je me souviens qu'il avait composé la musique d'un défilé pour la Coupe du monde de football en 98. Je me souviens qu'en vrai, il s'appelait Pierre Job. Je n'oublierai pas Hector Zazou, qui nous a quittés le 8 septembre dernier.



