lundi 30 juin 2008

pourquoi...


-Quand on descend les poubelles en pyjama, croise t-on invariablement quelqu'un dans l'escalier ?
-La dernière allumette est-elle forcément mouillée ?
-Même les racistes veulent-ils bronzer ?
-Les médecins ont-ils au moins 30 minutes de retard, surtout quand on a rendez-vous ?
-Les mêmes s'appliquent- ils à écrire des ordonnances illisibles ?
-Ne peut-on réserver un siège dans le sens de la marche du train ?
-Les chefs de gares de province ont-ils souvent l'accent méridional, même à Melun ?
-Les chauffeurs de taxi n'ont-ils jamais de monnaie ?
-C'est toujours sur toi que le pigeon du square chie ?
-Le dvd que tu veux louer est-il forcément pris ?
-La fumée des barbecues te suit-elle partout ?
-Le sexe féminin s'appelle t-il un con ?
-Les trains français roulent-ils à gauche et les anglais à droite ?
-Dit-on « passer l'arme à gauche », ou « mettre du fric à gauche » ?
-Les lavabos sont-ils toujours au fond du couloir à gauche ?

vendredi 27 juin 2008

LES MELODIEUX DU STADE


« Po-popopopopopo-poh ! » Rien compris ? Alors, « mi-mi-mi-sol-mi-ré-do-si », c'est mieux ? Les plus mélomanes auront reconnu la mélodie (?) désormais rituellement beuglée dans les stades, à chaque match de foot. La chanson des White Stripes, « Seven Nation Army » (sur l'album "Elephant"), est en effet devenue l'hymne quasi officiel des supporters du ballon rond, toutes nationalités européennes confondues. Il paraît que c'est le FC Bruges qui, le premier, a commencé à entonner l'air, à l'origine composé par Jack White en 2003, non pour célébrer les mérites des footeux qui cavalent en short, mais en souvenir de... l'Armée du Salut, dont il adorait les fanfares quand il était petit.
Bref, ce morceau martial et syncopé semble avoir définitivement remplacé les « I will survive » et autres « We are the champions » dans le coeur -et surtout le gosier- des afficionados des rencontres footballistiques. Prétexte à remarquer que, dans l'histoire des chorales des stades, c'est le rock sous toutes ses formes (pop, disco, etc) qui a fourni l'essentiel du matériel musical. Qui se souvient de l'antediluvien « Who-who-oho-wow ! » emprunté au festival de Woodstock et clamé pendant des décennies à l'occasion de moult manifestations, sportives et autres ? Sans oublier le « Go West » des Pet Shop Boys, hymne pourtant ostensiblement gay, un temps choisi pour encourager son équipe préférée. Ou l'inévitable « We Will rock you », tambourinade pachydermique de Queen, qui a accompagné longtemps les efforts des galériens des arènes. La chanson du film « Rocky », elle, n'a jamais dépassé les rings de boxe ou de catch.
Du coup, on pourrait s'amuser à imaginer un morceau différent dédié à chaque sport. « Around the world » de Daft Punk pour les Jeux Olympiques, « Mistral gagnant » de Renaud, pour les traversées à la voile en solitaire, « Great balls of fire » de Jerry Lee Lewis pour les matchs de tennis, « Allo maman bobo » de Souchon, pour les compétitions de full contact, « A Horse with no name » du groupe America pour les rencontres d'équitation, « Mets de l'huile » de Regglyss pour le Paris-Dakar, ou « Sans chemise, sans pantalon » de Rika Zaraï pour les championnats de natation.
D'autres idées ? Faites des suggestions. L'important, comme l'affirme le dicton, c'est qu'en France, dans les stades ou ailleurs, tout commence et se termine par des chansons.

jeudi 26 juin 2008

CRIS ET STROPHES


Longtemps, je n'ai pas aimé Christophe. Pour de piteuses raisons, sans doute. « Aline » me rappelait fâcheusement la demoiselle du même prénom qui m'avait, crénom de nom, largué avec férocité (après, il y eut des Brigitte et des Catherine, mais point trop de chansons éponymes), même si moi je n'avais pas crié-hé pour quelle revint, on a sa dignité blessée. Quant aux « Marionnettes », c'est un sale souvenir de colo: une scie qui servait de leit-motiv aux ateliers-animations que je haïssais (avec de la ficelle et du papier), sans parler des balades en car qui me flanquaient la nausée, pendant que mes petits camarades hurlaient à tue tête « moâ, je construiiiiiiis... ».
Bon, mais il n'y peut rien, le pauvre Daniel Bevilacqua. D'autant que, depuis, je me suis rattrapé, de mots perdus en paradis bleus, sans oublier les deux derniers albums, à l'électro barrée comme un film de Lynch. Tout ça pour dire que je me suis retrouvé, l'autre soir, chez le héros à la moustache neigeuse, pour parler de son dernier album, le bien nommé et magnifique « Aimer ce que nous sommes ». Notre capitaine Nemo bleu au crin blanc vit dans une sorte de bunker-paquebot planant au dessus du boulevard Montparnasse, orné d'une impressionnante collection de juke-boxes millesimés (il y en a même un, pièce rare, qui a été dessiné par Raymond Loevy lui même), de peintures coquines et de croquis gnolets (bien sûr), ainsi que d'une immense table de mixage ronronnante et clignotante (surtout depuis que son propriétaire y a renversé un verre de champagne, la classe...).
C'est là que le maestro concocte, la nuit exclusivement, ses étonnants collages sonores, où se juxtaposent sans peine la voix d'Adjani, le moteur d'une Ferrari ou les coassements d'un couple de corbeaux saisi sur la terrasse (les corbeaux, pas Isabelle). Et, surtout, par delà les nappes de synthés, les cors, les cordes, les cuivres et autres ustensiles de cuisine musicale, surnage l'étrange gosier du Beau Bizarre, à l'indescriptible acidité et aux suaves éraillements. Dans le genre, il n'y a que Manset qui puisse rivaliser. L'un comme l'autre adorent la réverbération, l'écho, le phasing et autres effets à l'efficacité sépulcrale, qui transforment de rustres cordes vocales en douces caresses wattées. Voilà qui devrait faire réfléchir, sans jeu de mots, à l'heure où l'on dresse des académies aux gueulards de tous poils.
A part ça, avec Christophe, on a parlé de blues, d'alcool et de femmes. Rien que l'essentiel. Ne reviens pas, Aline, on est très bien comme ça.

mercredi 25 juin 2008

pensée du jour

"L'homme se distingue de l'animal par plusieurs traits remarquables. Il paie des impôts, écoute du rock'n'roll, rase les poils de son visage et fait cuire une bonne partie de ses aliments."
(Philippe Meyer)

mercredi 18 juin 2008

LOVE IS BLEU


Éliminés, laminés, minables, minés, tout ce que vous voudrez. Le match de foot d'hier soir (allons, allons, je sais que vous l'avez regardé aussi...) ressemblait davantage à un film catastrophe qu'à un évènement sportif. Mais un film sans suspense, sans rebondissements, dont le scénario semblait écrit à l'avance, inexorable, plié dès les dix premières minutes. Et dont les seuls acteurs, de vrais pros, eux, étaient les Italiens, as de la pantomime, champions de la comedia dell'arte, capables de mimer la douleur comme la joie avec un réalisme aussi saisissant que dans les meilleurs Dino Risi ou les pires Marco Ferreri.
Trêve de chauvinisme, le seul moment vraiment mélodramatique a eu lieu bien après le coup de sifflet final. Un Raymond Domenech ému aux larmes, qui annonce devant des millions de téléspectateurs aussi frustrés que médusés, qu'il va épouser la femme de sa vie. Imaginez. La France, ex-championne du monde et d'Europe, l'équipe qui se la pète le plus, vient de se faire virer sans gloire d'une compétition internationale, les supporters sont au bord du suicide, les sponsors s'arrachent les cheveux, les journalistes se préparent à la curée et lui, notre Raymond national, celui qu'on va accuser dès le lendemain de tous les maux de la terre, la main sur le coeur, se livre à une déclaration d'amour enflammée à destination de sa dulcinée. La dulcinée en question, animatrice de l'émission qui suit, ne bronchera pas et continuera imperturbablement son job, à savoir poser la question à ses invités un tantinet gênés, « faut-il renvoyer le sélectionneur ? »
Moi, je lui tire mon chapeau, à Raymond. Parce qu'il a symbolisé, l'espace d'une seconde, le vrai esprit français, celui qu'on a cherché en vain dans cette équipe de bric et de broc à la passion émoussée et aux tirs sporadiques mal cadrés. Pas l'esprit national qui fait cocorico, cette espèce de fierté mal juchée sur ses ergots, cette arrogance caquetante, qui sont censées nous caractériser aux yeux de la planète. Non, le vrai esprit français, le romantisme élégant, le panache du coeur, la tendresse bordel. Bravo Raymond. T'as perdu l'Euro mais, pour moi, tu as gagné en héroïsme. Au fait, elle a répondu quoi, Estelle ?

mercredi 11 juin 2008

NILYANG

C’est une romance rouillée
Un air qui crachote et qui tangue
Juste une guitare dépouillée
Sur un tempo un peu exsangue
C’est en mineur pas trop miné
Ça mélange le yin et le yang
Ça revient dès potron-minet
Comme un parfum d’ylang-ylang
Comme une vieille chanson de Nilyang
C’est une rengaine oubliée
Je l’ai sur le bout de la langue
Elle date d’un temps reculé
D’avant l’époque du big-bang
J’ai beau tenter de l’effacer
Elle revient comme un boomerang
Plus entêtante qu’un péché
Plus accrocheuse qu’une harangue
Comme une vieille chanson de Nilyang
Je suis comme un disque rayé
Comme un vinyle abandonné
Rangé dans un coin de grenier
Dans une malle avec des sangles
Je suis un vieux succès daté
Un antique tube raté
Qui a duré moins qu’un été
Et qui craque par tous les angles
C’est un souvenir enterré
Qu’il faut extirper de sa gangue
Comme un poème à déclamer
D’une voix que l’émotion étrangle
Comme un vieux blues tout cabossé
En argot, en slam ou en slang
Comme un rap pour tout incendier
Et rallumer la guerre des gangs
Comme une vieille chanson de Nilyang
Je t’aim’rai toujours, tu disais
Comme dans les chansons de Nilyang…

mardi 10 juin 2008

BIG BAZAR


Tiens, j'ai appris un nouveau mot : « mercato ». Employé à qui mieux mieux à la télé, à propos de la valse des différents animateurs du PAF : PPDA qu'est viré, Marc Olivier Fogiel qui change de chaîne, etc, etc. Que des infos bouleversantes,qui vont changer notre quotidien pollué par le prix de l'essence et le médiocre match d'ouverture des Bleus. Mercato, donc, ça vient de l'italien (donc du latin ?) et ça veut dire « marché », « bazar ». En jargon showbizeux de chez nous, on disait plutôt « transfert » jusqu'à présent, mais faut croire que mercato c'est bien plus branché. Va pour mercato.
Tout ça pour dire que ça mercatise à mort dans l'audiovisuel. Que bientôt, on ne va plus retrouver ses marques, ses repères, ses compères habituels. Mais ça pourrait être rigolo si on poussait l'exercice plus loin. Imaginez Ardisson présentant « Les Grosses Têtes », Danièle Gilbert au « Droit de savoir » et Olivier Pujadas au tirage du Loto. Elles ne seraient pas plus pimentées, la radio et la télé ?
On pourrait faire la même chose en musique. Par exemple Georges Moustaki proposant un récital entier avec les chansons de Cali, Renan Luce enregistrant un album des plus grands succès d'Annie Cordy, ou Camille adaptant des chants polyphoniques pygmées (quoique, on ne remarquerait pas la différence). Pour les groupes, faudrait intervertir les chanteurs, Thom Yorke prenant la place de Mick Jagger, Michael Stipe intégrant The Cure ou Lemmy se faisant engager par Coldplay. Ce serait chouette, le mercato rock !
Quand j'étais petit, on pratiquait parfois un jeu bien connu qui s'appelle les « chaises musicales ». En général, ça se terminait par des pleurs et des bris de mobilier. On dirait que ça n'a pas changé aujourd'hui, sauf que même les adultes y jouent. Vous reprendrez bien un peu de mercato ?

lundi 9 juin 2008

LOCATAIRE


Hier soir, je suis tombé sur un vieux film de Polanski, période seventies. Ca s'appelle « Le locataire » et, à l'époque ça m'avait marqué. Sans doute parce que, étudiant famélique, j'occupais alors un appartement parisien aussi glauque que celui du héros du film, avec lavabo ébréché et tinettes sur le palier. En gros, c'est l'histoire d'un type (Polanski lui même) qui emménage dans un appartement dont la locataire vient de se suicider. Peu à peu, il s'imprègne de la personnalité de la défunte, jusqu'à... mais chut, y'a rien de plus énervant que les imbéciles qui vous dévoilent la fin des films (j'ai jadis connu un critique de cinéma comme ça, qui ne pouvait pas s'en empêcher, malgré les lettres d'insultes qu'il recevait régulièrement de ses lecteurs).
Dans une vie, surtout urbaine, on change forcément plusieurs fois de logement. Parfois, au gré d'insomnies, j'essaie de me remémorer tous les endroits parisiens où j'ai, un jour ou l'autre, posé ma besace. Les chambres de bonne au fond de l'escalier de service, les studios avec kitchenette, les 6 ème étage sans ascenseur, les faux double-living coquets et autres taudis bien exposés avec vue sur le Marais quand tu grimpes sur la cuvette des WC. Etonnant comme on réussit à s'adapter, à changer de coquille, à troquer son nid pour un intérieur d'occasion. Comme on s'aménage un nouveau petit univers intime dans des murs pourtant étrangers, qui en ont vu d'autres. Allez savoir qui habitait là avant vous, peut-être de drôles de zigues, une princesse orientale, un poète javanais, un acrobate croate, un serial killer yankee... Sous le plafond qu'on vient laborieusement de repeindre, il s'est peut-être déroulé quelque scène atroce dont on a parlé dans les journaux. Et ce miroir qu'on a la flemme de changer, dans la salle de bains, combien de reflets, de visages différents a-t-il capté ?
Un de mes fantasmes, bon marché il est vrai, serait de sonner à toutes les portes qui furent un jour miennes. « C'est pour quoi ? » demanderait le locataire, méfiant. Juste pour jeter un coup d'oeil, vous comprenez, j'ai habité ici il y a longtemps, j'avais envie de revoir les lieux... Il y a de grandes chances pour que je me fasse jeter. Je peux comprendre : qui aurait envie qu'un acrobate ou un serial killer reviennent un jour toquer à son huis ?

vendredi 6 juin 2008

TOUJOURS SUR LA LIGNE BLANCHE

Au moment où j'écris ces lignes, Djokovic est en train de se faire mettre une pâtée par Nadal. Les amateurs auront compris que c'est de tennis qu'il s'agit. D'autant que dans quelques minutes, la nouvelle star made in chez nous, Gaël Monfils, va entrer en lice. Imaginez la liesse populaire, comme en 98, s'il gagnait les Internationaux de France. Le tennis est un sport imprévisible, surtout à Roland Garros. De temps en temps, un blanc-bec peut arriver à se hisser dans la cour des grands, batifoler entre les lignes, de préférence avec filet, et faire croire qu'il peut bousculer l'ordre mondial. Je me souviens d'un nommé Pesci, il y a belle lurette, qui avait réussi à disputer une finale contre Borg, avant de disparaître irrémédiablement. L'une des rares choses dont on se souvient de lui, c'est qu'il portait un diamant sur l'oreille.
En musique, c'est parfois la même chose. Il y a des groupes ou des artistes, qui surgissent d'on ne sait où, décrochent un tube, empochent la recette et se volatilisent. Les exemples ne manquent pas (Turtles, Box Tops, Billy Joe Royal, Barry Ryan, Ten CC, Gerry Rafferty, Korgis, pour ne citer que les anciens). Il y a quelque chose d'éminemment moral dans ces courtes intrusions sporadiques. La preuve que chacun peut avoir sa chance pourvu qu'il se trouve au bon endroit et au bon moment. Attraper la balle au bond, c'est le rêve de tous les apprentis à la gloire. Et tant pis si la balle en question ne connaîtra jamais d'autre rebond. Jeu, set, match et bye bye.
Bon, j'y retourne. A défaut de faire un tube, il me reste le tennis à la télé.

jeudi 5 juin 2008

CUL-CUL LA PRALINE


Jusqu'ici, j'avais une vie sexuelle classique. Hétéroclite mais hétéro. Les câlins-caha, les poutous partout, les bisous bissés et les caresses un peu crasses, je connaissais. Etreintes train-train pas forcément, mais libido banale, sans doute: missionnaire, levrette, 69 et kama soutra, pas de problème, j'étais au parfum. Mais voilà que s'ouvre à moi un monde insoupçonné, avec ses pratiques exotiques, ses rites ésotériques. A force de surfer sur un web pas toujours net, j'ai appris des trucs. J'en reste parfois coi, bouche bée, sur le cul, quoi.
Par exemple, le strapon. Kesako? Tout ce qui a trait (sans mauvais jeu de mots) aux accessoires (de mon temps on disait godemiché, aujourd'hui on prononce sex toys), en particulier ceux réservés à madame quand elle veut faire plaisir à monsieur vu de dos. Je ne suis pas doué en dessin, on se contentera de ma description. Ou encore le CFNM, abréviation de clothed females nude men. Exercice convivial s'il en est, façon réunion Tupperware, qui consiste, entre copines, à tripoter un adulte de sexe masculin, soumis et consentant.
Le fait qu'il existe des centaines de sites exclusivement consacrés à ces jeux pointus ne m'étonne plus depuis que j'ai découvert qu'on pouvait adhérer aussi à des clubs virtuels dédiés uniquement aux rousses en string, aux femmes mûres en panties, aux latines velues et aux asiatiques rasées (et l'inverse), aux pom-pom girls spécialistes du footjob ou aux lesbiennes à lunettes fétichistes du nylon. Tout un univers palpitant à portée de clic.
Moi qui, comme sans doute des millions de boutonneux de ma génération, ai connu mes premiers émois coquins dans les pages lingerie du catalogue de la Redoute, je ne sais s'il faut en rire ou en pleurer. Comme disait je ne sais plus quel philosophe, trop de cul tue le cul. Finalement, je crois que je vais résilier mon abonnement à Playboy.

mercredi 4 juin 2008

DRÔLE DE JULES


J'adore les hurluberlus. Rien que le mot me ravit. Dedans, il y a hurlement et berlue, cri et regard. Les synonymes ne sont pas mal non plus, loustic, escogriffe, olibrius. Nicolas Jules répond parfaitement à toutes ces définitions.
C'est un chanteur qui fait le pitre, mais plutôt dans le registre clown blanc qu'Auguste. Une sorte de Buster Keaton de la chanson loufoque, de poète de la fantaisie sérieuse. Avec un humour à froid (on dit aussi « pince sans rire » mais qui a jamais fait rigoler quelqu'un en le pinçant...) et une propension à triturer les mots, à les assembler en un puzzle sonore coloré et déconcertant. Il a un côté Petit Prince aussi, avec sa tignasse rebelle et son air perpétuellement lunaire, d'autant qu'il ne chante pas que les moutons, mais également les fleurs avec épines, les couchers de soleil répétitifs et les planètes absurdes. Il y a du Prévert aussi, du Higelin parfois, mais au diable les références.
Nicolas Jules a une tête à jouer du ukulélé, sauf que c'est la guitare qu'il gratte, et électrique en plus. Sur scène, il est accompagné d'un extraordinaire percussionniste à look de fort des Halles, un spectacle à lui tout seul. Son dernier album (il en a déjà enregistré trois, je crois), s'intitule « Powête », comme ça se prononce. C'est bourré de trouvailles sémantiques, de rimes abstraites mais bien en chair, de dissonances harmonieuses, comme si Tom Waits faisait le boeuf avec Jonathan Richman (je sais, encore des références...).
Bref, c'est hurluberluesque, et si le mot n'existe pas, Nicolas Jules l'a inventé.
Un type capable de tourner un clip dans lequel il se contente de regarder tranquillement la caméra en triturant ses bretelles, est forcément un lascar à part. Partant du principe que tout ce qui est rare est cher, mais que tout ce qui est bon marché est rare, Nicolas Jules est donc aussi modique que précieux, une véritable occasion à saisir. Comme disait Boby Lapointe, un autre hurluberlu, comprenne qui peut.

mardi 3 juin 2008

MARCHAND HORS SAISON


Rencontré la semaine dernière l'un des derniers crooners de chez nous. Un type en gapette façon Ménilmontant et chemise beige safari, qui aime souffler dans sa clarinette entre deux couplets de romance swing. Il y a quelques décennies, il arborait poil lustré et costard de maffioso, en hululant qu'il était tango-tango. Guy Marchand, car c'est lui, a toujours eu une image de séducteur de ces dames gentiment ringard, play-boy à la coule avec gourmette et pompes cirées. Comme il l'avoue lui même, « J'ai été un chanteur de salons de thé, de casinos hors saison, et je ne renie pas cette époque. Mais aujourd'hui, je suis rentré chez moi, et chez moi, c'est la maison de mon papa, la maison du jazz ». Et de me conter l'histoire de la fameuse clarinette, dont il joue sur son dernier disque : « Mon père était ferrailleur et un jour, un mec qui ne pouvait pas régler sa note, lui a donné cet instrument en gages. J'ai donc commencé la musique grâce à une histoire de pneus impayés... »
On connaît surtout Guy Marchand à travers la bonne centaine de films dans lesquels il a promené sa silhouette dégingandée, de « Garde à vue , pour lequel il obtint un César du meilleur second rôle en 81, à « Nestor Burma », le feuilleton télé. Mais c'est oublier que l'olibrius, également boxeur et coureur automobile, a enregistré une sacrée tripotée de disques depuis son premier tube, « La Passionata » en 1965 , zigzaguant de jazz après guerre en tango chaloupé, de musique gitane en rythmes latins. Le dernier, intitulé « A guy in blue », est un hommage bon enfant au jazz et au blues qui ont bercé son enfance, sur des compositions de André Charlier et Benoît Sourisse, et des textes de Marchand lui même.
Comme je lui demandais s'il savait combien d'albums il avait publié à ce jour, il me répondit, goguenard : « Je n'ai jamais enregistré d'album. Un album, j'en ai un chez moi, avec une photo ou je suis tout nu sur un coussin de velours. Non, moi, il m'arrive de faire des disques... » Des disques à l'ancienne (notre héros affiche soixante et onze balais au compteur), des qui craquent comme le vinyle du temps jadis, qui se moquent des vumètres dans le rouge et des formats radiophoniques. Finalement, j'aime bien les chanteurs de salons de thé.

lundi 2 juin 2008

A L'OEIL



En vieillissant, je me fais des sourcils. Des poils hirsutes au dessus des yeux, embroussaillés, rebelles, revêches. Le matin au réveil, on dirait Pompidou mâtiné de Belzébuth. Faut que je les peigne, les replace, les discipline. Bon, le crin poivre et sel, la bedaine naissante, les ridules aux commissures des lèvres, je m'étais habitué. Mais les sourcils, ça c'est nouveau. Etonnant comme ça vous change une physionomie, cette saillie arquée musculo-cutanée qui sépare le front de la paupière supérieure. Vous donne l'air maléfique, hautain, hagard ou négligé, c'est selon. Sourcilleux, je le suis souvent, par exemple je déteste qu'on laisse la porte des toilettes ouverte. Mais je n'aime pas qu'on la claque violemment non plus. Vous avez dit chiant ?
Donc, mes sourcils me préoccupent. Les tailler aux ciseaux, j'ai essayé, mais je crains le déboisement. A propos, saviez vous qu'on dit une « coupe claire » et non « sombre » ? Logique, plus on élague la forêt, plus elle s'éclaircit. Pourtant, la faute de français est courante, bûcheron c'est un métier. Tailleur de sourcils aussi, je suppose. Je me suis renseigné, il existe des tas d'instruments pour s'épiler le truc. Des pinces, des brosses, des peignes, des pinceaux, mais c'est plutôt pour les dames. Les sourcils ça se maquille, ça se redessine, ça s'entretient. « Des yeux irrésistibles », « un regard de star », qu'ils disent dans les pubs. Oui, mais c'est beaucoup trop de boulot. Vaut mieux mettre des lunettes noires. Je comprends mieux maintenant pourquoi tous ces « people » s'exhibent invariablement en rayban.
La prochaine fois, dans ma rubrique beauté, on parle des poils dans les oreilles. Et inutile de froncer les sourcils.