mardi 29 avril 2008

JE DIS REM !



Il n'y a pas beaucoup de groupes de rock pour lesquels je ressens quelque chose qui ressemble, sinon à de la passion, du moins à de la tendresse. REM fait partie de ceux là. Peut-être parce qu'ils symbolisent et réunissent à peu près tout ce que j'apprécie dans la musique binaire: une certaine rusticité sophistiquée, un mélange d'électricité rauque et d'acousticité (c'est français, ça?) caustique, une sorte de candeur intelligente, de va-et-vient résolu entre respect des racines et souci de paraître contemporain. Et puis des chansons, des vraies, de celles qu'on garde pour la bonne bouche plutôt que de les fredonner sous la douche.
Je me souviens, la première fois que j'ai entendu Stipe et sa bande, c'était à New York, au début des années 80. Je me suis dit, tiens, les Byrds se sont reformés... et j'ai immédiatement acheté le disque. C'était un 25 cm intitulé « Chronic Town», avec cinq chansons et une gargouille grimaçante sur la pochette. Après, j'ai collectionné les suivants. Je n'ai pas trop aimé leur tube, « Losing my religion », sans doute à cause de ce sentiment égoïste de propriété intime qu'on n'aime pas partager avec le plus grand nombre. Mais « Automatic for the people » a été un des mes disques de chevet pendant des années, avec le « Urk » des Nits.
Aujourd'hui, REM est un groupe vieillissant, reconnu, installé, presque cossu. Qui publie régulièrement des albums toujours honnêtes, même si sans génie. Mais avec une dignité artistique que devraient leur envier, je ne sais pas, les Stones par exemple. L'autre soir, en regardant leur concert récent filmé par Canal Plus, j'ai encore ressenti une bouffée d'émotion affectueuse. D'accord Michael Stipe, avec son gosier nasal de métal velouté, est un chanteur aussi singulier que son look de Malkovitch endimanché. Peter Buck a de plus en plus de mal à caler sa Rickenbaker contre sa bedaine (mais il a jadis produit un disque des Troggs, alors respect). Et Mike Mills ressemble de plus en plus à un Austin Powers mal fagotté. Mais le principal est ailleurs: ces mecs là ont l'air de s'aimer ! Quasi trois décennies qu'ils oeuvrent ensemble, et ils sont toujours copains. C'est beau, je trouve, même s'ils ont perdu en route leur batteur d'origine, victime d'un anévrisme cérébral (pensez, l'un des rares batteurs de rock avec un CERVEAU !).
REM, c'est ça. Une fidélité et une constance exemplaires, sans frime ni paillettes. A l'heure ou Pete Doherty et Amy Winehouse sont devenues des icônes rock, j'avais juste envie de rendre hommage à ces solides pépères qui flirtent avec l'intemporalité. A mon âge, on a besoin d'être rassuré.

vendredi 25 avril 2008

réponses

Britney Spears/Eminem/Kurt Cobain/Phil Collins/John Lennon

mardi 22 avril 2008

BABIES BOOM

mais qui sont ces moutards devenus stars ?



(indices: y'a un scarabée, un tambourinaire, un suicidé, une people, un tchatcheur)

lundi 21 avril 2008

À POIL !


Ah si on pouvait vivre nu
Se dépouiller du superflu
Et planter là ces oripeaux
Qui nous emmitouflent la peau
Que sans exciter la censure
On puisse quitter nos pelures
Vaquer sans entrave et sans voile
Ah si on pouvait vivre à poil !

Ah si on pouvait vivre nu
Plus d’erreurs, de déconvenues
Plus de tromperies, de mystères
On sait à qui on a affaire
A quoi bon prendre de grands airs
Quand on a le derrière à l’air
On irait démasqué au bal
Ah si on pouvait vivre à poil !

Ah si on pouvait vivre nu
Plus d’uniformes, de tenues
Plus de smoking de rigueur
De galons, de légion d’honneur
On serait égaux, tous pareils
Là dans le plus simple appareil
Ce s’rait super, ce s’rait au poil
Ah si on pouvait vivre à poil !

Ah si on pouvait être nus
Toi et moi, j’en serais ému
D’accord on se connaît à peine
Y’a pas d’plaisir quand y’a d’la gêne
Pour réussir j’suis prêt à tout
A exhiber tous mes atouts
Mais pas sortir mes génitoires
Devant n’importe quel auditoire
Pour dev’nir une star, une étoile
Pas question de me foutre à poil !

jeudi 17 avril 2008

LEÇON DE CHAUSSES


Des chanteuses aux pieds nus, on en a déjà connu (Sandie Shaw, Camille). Mais en chaussettes, c'est plus rare. C'est pourtant la tenue de scène qu'aime arborer Yael Naïm, vue hier après midi à Bourges. Elle se produisait sur la scène d'un extraordinaire théâtre miniature à l'italienne, construit à domicile par un particulier mélomane, entre jardin et piscine, en plein coeur de la ville. Le théâtre Saint-Bonnet, c'est son nom, est un endroit magique, avec lustres et candélabres, fresques et piano à queue. Un improbable oasis d'harmonies entièrement voué à la musique, pourvu qu'elle soit acoustique et positive. C'est tout à fait le cas de Yael Naïm, petit brin de femme souriante et gracieuse, dont les « la la la-la la » mi hébreu-mi-anglais ont accédé au statut de tube radiophonique, encore accentué par une pub pour les produits de monsieur Steve Jobs.
Joli concert donc, que celui là, scandé des percussions caressantes de David Donatien, le fidèle alter-ego de la belle. Mais le plus fascinant, entre deux vocalises aux acrobaties orientales et quelques tentatives souriantes pour transformer le public en chorale hésitante, c'est le jeu de pieds de la chanteuse. Assise au piano, elle les balance en rythme, les fait voleter, tapoter les pédales, battre la mesure, comme un ballet laineux, une danse pédestre . Et voilà qu'une simple paire de chaussettes devient le centre d'attraction d'un concert. Depuis les Chaussettes Noires d'Eddy Mitchell et la java des chaussettes à clous de Boris Vian, la chanson n'avait plus été aussi bien chaussée. Comme disait un spectateur ravi, à la sortie du récital: « Yael Naïm, c'est le pied ».

mardi 15 avril 2008

SINGING IN THE RAIN



Ça clapote. Il tombe des cordes, des hallebardes, des mousquets. Il pleut comme bovidés qui urinent, un temps à rentrer ses blancs ovins. Etonnant comme la pluie peut influer sur le moral. Ondée, averse, giboulée, bruine, crachin ou grain, on rentre la tête dans les épaules, on grimace en scrutant le ciel, on se met à la recherche d'un abri. Réflexe grégaire : l'humain bipède, comme son cousin le chat, déteste se mouiller le poil. On se sent pitoyable, le crin ruisselant, les vêtements trempés, humiliation céleste, punition climatique. Y'a qu'à voir le nombre de chansons consacrées à la pluie, l'eau de là-haut, celle qui fait des claquettes, sur Nantes ou ailleurs. Il pleut dans mon coeur, il pleut dans mon lit.
Hier, rendez vous important, perspective de boulot. S'habiller correct, pas de baskets, une chemise propre. Le ciel menace, frileux, venteux. Se prémunir contre les intempéries. Oui, mais je n'ai qu'un vieux k-way, le genre auto-stoppeur harrassé, pas présentable. Un pépin? Le seul déniché est orné d'une criarde publicité pour je ne sais plus quelle marque de parfum. Ma casquette Ricard, hors de question. Tant pis, bravons les éléments, tête nue, veston vulnérable. A peine dans la rue, forcément, il flotte. Les gens rampent sous les corniches, piétinent sous les auvents. Chacun pour soi, en quête de sec. Ruminer sa rage, enjamber les flaques. Vais arriver en retard, crotté, piteux. Moi qui ai toujours renoncé à m'acheter un imper, pour ne pas ressembler à un flic... Odin, Thor et les autres, pourquoi vous acharner ainsi sur ma pauvre échine endimanchée?
Arrivé au rendez-vous, dégoulinant, humide, embué, les premiers mots qui m'accueillent: « sale temps, hein ? » Vous allez voir que cet été, on va encore nous parler de sécheresse.

vendredi 11 avril 2008

PURS-SANGS



L'autre soir, sur une chaîne du câble, un film intitulé « Riding the bullet », adapté de Stephen King. J'ai eu mon époque Kingienne, découvert un jour dans le train, grâce à l'extraordinaire nouvelle « The Body » ( Rob Reiner en a fait un film, « Stand by me »). Après, je me suis tapé tous les King, les « Ça », « Misery » et autres « Simetierre ». Puis je me suis essoufflé, un peu comme lui d'ailleurs: depuis quelques années, j'ai la désagréable impression que le Stephen chéri tire à la ligne, transformant en un roman de 600 pages ce qui aurait largement tenu en une nouvelle. Mais bon, respect quand même, d'autant qu'il s'est fendu il y a quelques années d'un bouquin au titre sobre mais explicite, « Ecriture », dans lequel il détaille toutes ses recettes stylistiques et dont je recommande la lecture à tous ceux que la plume démange.
J'en reviens au film, « Riding the bullet », donc : une sombre mais honnête histoire d'auto-stoppeur (David Arquette) et de morts-vivants, bien dans la manière gore désinvolte du King. Tout à la fin, pendant le générique, résonne soudain une chanson qui me tire littéralement par l'oreille: un truc très baba cool, avec une petite guitare agile et des choeurs béats qui rappellent les beaux jours du Summer of love (oui, j'étais né, même si sommaire lover...). J'écarquille les yeux pour déchiffrer le nom de l'interprète: c'est un groupe, les Youngbloods. Vaguement entendu parler, sans plus, en tous cas jamais ouï.
Du coup, j'achète le disque, une compil de leurs trois albums parus entre 67 et 69. Et découvre une folk-pop oscillant de rock psyché en pure country, avec même un zeste de jazz, le tout assez inégal, mais plutôt original, notamment grâce à la très belle voix du leader Jesse Colin Young et un entrelacs subtil de guitare et de piano électrique. Sur le disque, bien sûr, la chanson en question: ça s'appelle « Get together » et c'est vraiment une petite merveille (signée Dino Valenti, elle a été reprise aussi par le Jefferson Airplane, si mes renseignements sont corrects). S'il n'y avait cette batterie un tantinet plan-plan qui gâche un peu l'ensemble, ça pourrait même me tirer des larmes, tellement c'est beau.
Beau, mais surtout rassurant : me dire qu'à mon âge et à l'heure qu'il est, il me reste encore sûrement des tas de chansons magnifiques à découvrir, des tas d'émotions cachées, des harmonies inconnues qui n'attendent que mon oreille engourdie pour se révéler. Pour un peu, tiens, j'en ferais presque un blog.

jeudi 10 avril 2008

SOLDES MONSTRES



J'adore les monstres. Plus y'en a, plus je suis content. Rassurez vous, je ne parle pas de créatures pustuleuses aux dents vertes, pas plus que de zombies bavant et claudiquant. Les monstres, de par chez moi (77, prononcez « sept-sept »), s'amassent devant les portes en tas éclectiques et tentants. Ailleurs, on les appelle les « encombrants », mais moi je préfère l'intitulé seine et marnais. Adoncques, les monstres apparaissaient une fois par mois, pas forcément les nuits de pleine lune. L'occasion de se débarrasser de tout ce qu'on s'était dit qu'on aller virer un de ces jours mais qu'on oubliait de faire à chaque fois: le vieux landau à une seule roue qui grince, la chaîne hifi qui n'a plus de stéréo que le nom, le pneu usé qu'on gardait des fois que ça pourrait faire une balançoire, etc, etc. Pratique, il n'y avait qu'à déposer tout le fatras devant son seuil et le lendemain, hop, disparu comme par magie.
Mais le bonheur, le vrai, c'était d'aller « faire les monstres » chez les autres. D'aller fouiller dans les amoncellements voisins, histoire de dégotter le truc nickel dont on n'avait même pas rêvé. En quelques années de pratique, je me suis quasiment meublé, à coups de fauteuils disparates mais toujours confortables, de tapis à peine usagés, de lampadaires kitchs même qu'ils fonctionnent encore. Quitte à rebalancer tout ça aux monstres, l'année d'après. Mais c'était excitant, comme participer à une chasse aux trésors. Un vide-greniers gratoche. Et puis, le recyclage, c'est vachement écolo, non ? Le problème, c'est qu'on n'était pas les seuls: fallait voir les mecs organisés, des pros, qui ratissaient tout le secteur avec des camionnettes. Ça pimentait le challenge, comme on dit dans les entreprises.
Je parle de tout ça au passé. Aujourd'hui, exit les monstres. Chassés, honnis, supprimés au nom de je ne sais quel arrêté municipal soit disant en faveur de l'environnement. Décrété par les mêmes qui te collent des bacs à fleurs en béton sur les trottoirs et sont tous fiers de t'annoncer qu'ils vont créer de nouvelles places de parking. Si tu veux te meubler pas cher, t'as plus qu'à aller chez Emmaeus ou à l'Ikea le plus proche. Du coup, j'ai arrêté de faire les poubelles, et je suis condamné à conserver le même mobilier. Monstrueux, non ?

mardi 8 avril 2008

ON N'EST JAMAIS MIEUX SERVI...

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jeudi 3 avril 2008

MANQUE DE CLASSE



Passé quelques jours studieux en compagnie d'élèves d'un lycée de Seine et Marne. But de l'opération, parrainée par l'académie de Créteil et l'Académie Charles Cros (à propos, saviez vous que le personnage qui a donné son nom à cette association qui décerne chaque année des prix judicieux à des disques triés sur le volet, le dénommé Charles Cros donc, avait inventé, outre la photo couleur, l'un des premiers procédés d'enregistrement sonore, en même temps que Thomas Edison? Vive la France et fin de la longuette parenthèse): apporter à des lycéens une rapide tour d'horizon de l'histoire de la chanson française et quelques notions d'écriture journalistique.
Exercice nullement déplaisant, qui m'a permis au passage de réviser quelques connaissances vagues (merde, Frehel et Damia c'est années 20 ou années 30?). Et d'avoir quelques surprises. Je m'attendais bien à ce que mes potaches occasionnels ne puissent pas réciter du Brassens dans le texte et confondent peut-être Brel et Bruel. Mais là, j'en suis resté comme deux ronds de flan: aucun des 90 élèves (trois classes de seconde et de première) n'avait ne serait-ce qu'entendu parler d'Alain Bashung. Côté rap, NTM ou IAM, ils sont imbattables, Renaud, ils connaissent par coeur, Gainsbourg, ils voient à peu près qui c'est, Christophe Willem, ça les fait rigoler. Mais Bashung, nada, rien. Et moi, d'insister bêtement : mais quand même, « Gaby », « Vertiges de l'amour », « Osez Joséphine », hein, allez, quoi ? Ben non. Du coup, je n'ai rien osé demandé à propos de Jean-Louis Murat ou de Gérard Manset.
« Ça n'est pas étonnant, m'a expliqué l'un de leurs profs, ils sont nés dans les années 90, la décennie d'avant, ils ne connaissent pas. » Curieux quand même de constater qu'à l'heure de l'internet, de Myspace et du mp3, quand il suffit d'un simple clic pour avoir accès à toutes les musiques, toutes les infos, tant de « djeunes » manifestent si peu de curiosité. Mais sans doute, moi qui ai passé des décennies à fouiner dans les bacs des disquaires, à tenter de remonter les courants musicaux (Aufray chante Dylan qui chante Woody Guthrie...), ne suis-je qu'un vieux ringard monomaniaque, un rat de bibliothèques poussiéreuses et d'échopes moisies.
D'ailleurs, il me suffit de consulter les charts (dans mon temps on disait hit-parades) d'aujourd'hui pour m'apercevoir que je ne connais pas la moitié des noms. Faudrait peut-être que je retourne au lycée.