
Il n'y a pas beaucoup de groupes de rock pour lesquels je ressens quelque chose qui ressemble, sinon à de la passion, du moins à de la tendresse. REM fait partie de ceux là. Peut-être parce qu'ils symbolisent et réunissent à peu près tout ce que j'apprécie dans la musique binaire: une certaine rusticité sophistiquée, un mélange d'électricité rauque et d'acousticité (c'est français, ça?) caustique, une sorte de candeur intelligente, de va-et-vient résolu entre respect des racines et souci de paraître contemporain. Et puis des chansons, des vraies, de celles qu'on garde pour la bonne bouche plutôt que de les fredonner sous la douche.
Je me souviens, la première fois que j'ai entendu Stipe et sa bande, c'était à New York, au début des années 80. Je me suis dit, tiens, les Byrds se sont reformés... et j'ai immédiatement acheté le disque. C'était un 25 cm intitulé « Chronic Town», avec cinq chansons et une gargouille grimaçante sur la pochette. Après, j'ai collectionné les suivants. Je n'ai pas trop aimé leur tube, « Losing my religion », sans doute à cause de ce sentiment égoïste de propriété intime qu'on n'aime pas partager avec le plus grand nombre. Mais « Automatic for the people » a été un des mes disques de chevet pendant des années, avec le « Urk » des Nits.
Aujourd'hui, REM est un groupe vieillissant, reconnu, installé, presque cossu. Qui publie régulièrement des albums toujours honnêtes, même si sans génie. Mais avec une dignité artistique que devraient leur envier, je ne sais pas, les Stones par exemple. L'autre soir, en regardant leur concert récent filmé par Canal Plus, j'ai encore ressenti une bouffée d'émotion affectueuse. D'accord Michael Stipe, avec son gosier nasal de métal velouté, est un chanteur aussi singulier que son look de Malkovitch endimanché. Peter Buck a de plus en plus de mal à caler sa Rickenbaker contre sa bedaine (mais il a jadis produit un disque des Troggs, alors respect). Et Mike Mills ressemble de plus en plus à un Austin Powers mal fagotté. Mais le principal est ailleurs: ces mecs là ont l'air de s'aimer ! Quasi trois décennies qu'ils oeuvrent ensemble, et ils sont toujours copains. C'est beau, je trouve, même s'ils ont perdu en route leur batteur d'origine, victime d'un anévrisme cérébral (pensez, l'un des rares batteurs de rock avec un CERVEAU !).
REM, c'est ça. Une fidélité et une constance exemplaires, sans frime ni paillettes. A l'heure ou Pete Doherty et Amy Winehouse sont devenues des icônes rock, j'avais juste envie de rendre hommage à ces solides pépères qui flirtent avec l'intemporalité. A mon âge, on a besoin d'être rassuré.







