vendredi 28 mars 2008

MAD IN HOLLANDE



Bu quelques verres de vin blanc en compagnie d'un gentleman batave de passage à Paris. Henk Hofstede est le leader-guitariste-chanteur des Nits, le meilleur groupe hollandais du monde, depuis Shocking Blue et Golden Earring. Un groupe que les radios françaises s'obstinent à ignorer, malgré le format universellement pop des chansons de ce trio virtuose, dont la musique chatoyante et inventive rappelle indifféremment les Beatles, Talking Heads ou Crowded House. Avec la touche flamande en plus, ce mélange excentrique d'impressionnisme érudit et d'humour nonsense. Un groupe qui compte de fervents afficionados parmi les journalistes... et même parmi les programmateurs radio qui pourtant ne le diffusent pas. Allez comprendre.
Le dernier album, déjà le dix-huitième pour les Nits qui ont débuté en 1974, s'intitule « Doing the dishes », traduisez « faire la vaisselle ». Un titre qui, selon Henk, lui a été inspiré par une interview de Leonard Cohen, dans laquelle ce dernier affirmait que pour lui, la musique était idéale pour les mariages, les enterrements et... la vaisselle. Grand admirateur de Cohen (il a enregistré un album entier de reprises leonardiennes sous l'intitulé d'Avalanche Quartet), Henk est aussi un fan de Dylan, de McCartney et de ... Michel Polnareff. Il y a plusieurs années, un producteur hollandais lui avait même demandé d'adapter en néerlandais le « Femme que j'aime » dudit Popol. Le projet n'a pas abouti mais la version inédite traîne quelque part dans les tiroirs de Henk.
Si ça se trouve, il la ressortira à l'occasion du concert parisien des Nits, le 16 mai prochain à l'Alhambra. Un concert dont le décor scénique, rituellement original, sera cette fois constitué d'une centaine de lampes ( chevet, bureau, loupiotes ou lampadaires) ramassées et collectionnées depuis des... lustres par l'ingénieur du son. De quoi péter les plombs. De vrais illuminés, ces Nits.

jeudi 27 mars 2008

COUPE-COUPE


Tout petit déjà, je détestais aller chez le coiffeur (on ne dit pas « au » coiffeur, mais on mène la vache « au » taureau). C'était pour moi un supplice comparable à une séance chez le dentiste ou à l'écoute de l'intégrale d'André Verchuren. Faut dire qu'à l'époque, nos cheveux, on y tenait. On les voulait longs et libres, comme ceux d'Antoine ou de John Lennon, quitte à se faire souvent traiter de fille ou de pédé dans la rue. Les tifs courts, c'était réservé aux bidasses ou aux bagnards. Mais mes parents n'étaient pas de cet avis. Une fois tous les deux mois, j'y avais droit. J'entends encore le sinistre cliquetis de la tondeuse, et une pénétrante odeur de brillantine flotte toujours dans mes narines. Je ressortais de là (« Jean-Claude, coiffeur pour tous ») humilié et transi , la nuque roide et l'épi ratiboisé. La honte. Comme dans la Genèse, quand Samson perd sa virilité avec ses boucles.
Aujourd'hui, il m'arrive encore d'aller chez le coiffeur. Volontairement, j'entends. Enfin, chez le capilliculteur- visagiste, comme ils disent. Quand ça rebique, ça me prend. Et puis j'aime bien qu'on me titille le cuir chevelu, ça me donne des envies de sieste. En général, entre deux écrans qui diffusent en continu les clips r'n'b de MTV, une accorte shampouineuse vous prend en mains avec un enthousiasme sans doute feint, mais presque rassurant: « alors, qu'est ce qu'il désire comme coupe le monsieur ? » Ben, pas trop court, juste un rafraîchissement, quoi. Tu parles. A chaque fois, elle y va franco, à grands coups de ciseaux effilés. T'as beau essayer de freiner le désastre, elle te répond invariablement, ah oui, mais maintenant faut que j'égalise, sinon ça va faire bancal.
Je quitte l'échoppe trempé (curieux comme on arrive à vous inonder le dos malgré les trois couches de serviette qu'on vous entortille autour du cou pendant le shampoing), le crin décimé, les oreilles écarlates et les affres du rhume de cerveau guettant mon crâne désormais vulnérable. Jurant, mais un peu tard, qu'on ne m'y prendra plus. Finalement, c'est bien « au » coiffeur qu'on devrait dire.

mercredi 26 mars 2008

STAN THE FLASHER



Assisté, l'autre soir, au concert de Stanislas à l'Alhambra. Sauf que ça n'est pas vraiment l'Alhambra, salle mythique des années 20/30 qui a vu batifoler Maurice Chevalier ou Piaf, mais une sorte de réplique, à quelques centaines de mètres de l'original. Qui, lui, est devenu le siège de l'ANPE pour les intermittents du spectacle... Donc, dans cet espace tout nouveau (y'a encore des câbles qui traînent et des abats-jour qui manquent), Stanislas essuyait les plâtres. Stanislas, c'est le gars au look de dandy romantique qui chante « Le manège », sorte de tournerie classico-pop, avec des tas de violons partout. Les violons, Stanislas connaît puisque, dans le civil, il exerce la peu commune profession de chef d'orchestre à l'Opéra de Massy. D'ailleurs des violonistes, il y en avait pléthore sur la scène, une bonne quinzaine, serrés les uns contre les autres et tentant désespérément de ne pas flanquer leur archet dans l'oeil du voisin. C'est peut-être ce qu'on peut reprocher à Stanislas: d'avoir vu un peu grand pour un premier spectacle, nous, on se serait contenté d'un simple quatuor à cordes. D'autant qu'il y avait aussi un batteur, un bassiste, une harpiste, un clavier et deux guitaristes. Du coup, le Stanislas en question semblait un peu ratatiné au milieu de cette foule de musiciens genre métro à 18 heures.
J'aime bien Stanislas. Je trouve que sa musique, quelque part entre le Barry Ryan de « Eloise » et, disons, Gérard Lenorman, tranche agréablement avec l'ordinaire de la chanson française du moment. Les Renan Luce et leur « ta taïa ta ta ta », les Benoît Dorémus et leurs Renauderies, si vous voyez ce que je veux dire. Outre une voix hors du commun, aux aigus presque angéliques, Stanislas possède un talent sûr pour les mélodies chamarrées et les arrangements de cordes veloutées. Sur son disque, à part le tube qui peut finir par être agaçant à la longue (ça reste obstinément dans la tête, il m'a fallu réécouter dix fois « Fernande » de Brassens pour pouvoir penser à autre chose), il y a une chanson que je trouve magique. Un de ces morceaux rares qui ne passeront jamais à la radio, ne seront jamais repris par personne, mais qui donne des frissons dans le dos et ailleurs aussi. Ça s'intitule « Les lignes de ma main » et, pour moi, ça vaut le meilleur de Sheller ou de Roy Orbison. Ça me suffit pour adouber Stanislas et ses violons. Et tant pis pour Fernande.

mardi 25 mars 2008

CHERCHEZ LA FLAMME



C'est juste un type qui court en short avec une torche à la main. Il a l'air à la fois fier et inquiet, à trottiner comme ça en brandissant bien haut son mini brasero, comme s'il avait peur de se cramer. C'est que c'est chaud, le truc en question, un véritable brûlot. Qui déchaîne les passions, alimente les polémiques, défraye les chroniques. Juste un flambeau, mais chargé d'une symbolique lourde à porter. La preuve, hier soir à un dîner, on s'est engueulé entre amis à propos de la grande interrogation du moment: doit-on ou non boycotter les Jeux Olympiques ? Astérix, le représentant de la patrie des donneurs de leçons humanistes, peut-il aller batifoler dans la fourbe Chine, celle qui nous inonde de fringues bon marché et condamne à cinq ans de prison un simple auteur de pétition ? Etonnant comme des gens qui d'ordinaire se contrefichent du sport et des sportifs peuvent soudain se crêper le chignon et s'arracher le maillot comme de vulgaires supporters de foot. Un peu de retenue, comme dirait Sarkozy, qui s'y entend en la matière.
N'étant ni passionné de records sudoripares, ni rétif à la noblesse de certains exploits athlétiques, j'ai du mal à me forger une opinion. A priori, le coup du boycott de la cérémonie d'ouverture ne me déplaisait pas: aller parader, des fleurs à la boutonnière, dans une enceinte construite par des bastonneurs de moines, c'est vrai que ça la fout mal, pour un pays qui se targue d'avoir inventé les droits de l'homme. Mais bouder le défilé, n'est-ce pas aussi vain et puéril que d'exhiber des t-shirts « free Tibet » à un concert de Florent Pagny? Et le pékin moyen se sentira t-il brusquement moins opprimé en n'assistant pas aux ébats de Laure Manaudou et Alain Bernard dans le grand bassin? Charles Cunningham Boycott (1832-1897), le propriétaire terrien irlandais qui a donné involontairement son nom à cette forme de sport décidément très à la mode, doit faire des bonds dans sa tombe. Au moins aussi haut que Pierre de Coubertin.
Pendant qu'on polémique, la flamme, elle, continue de grignoter son petit bonhomme de chemin. En short. Courage, plus que cent trente mille kilomètres.

jeudi 20 mars 2008

QUI C'EST LA VOIX ?



J'entends des voix. Dans les bus, dans les gares, sur mon portable quand je consulte ma messagerie, sur mon ordinateur aussi, quand j'imprime ma prose. Des voix féminines, plus professionnelles que sensuelles, avec cette élocution studieuse si caractéristique, cette façon de détacher chaque mot, ces césures vocales impeccables: « pla-ceuheu-deuh-cli-chyh ».
Ce sont des voix enregistrées, bien sûr, des robots dociles qui déclament ce qu'on leur a ordonné d'articuler. Mais quand même, ça me trouble. Je ne peux m'empêcher d'imaginer qui se cache derrière ces inflexions calibrées: une rousse torride aux yeux vert océan? Une brune gracile aux longues mèches virevoltantes? Ou une guichetière à chignon et bésicles... Je les vois en train d'enregistrer leurs administratifs avis, derrière la vitre sale d'un studio désert, avec un ingénieur du son qui mâchouille du chewing-gum en triturant ses potards d'un doigt distrait: « heu, tu peux me la refaire celle là: vous avez « unh » nouveau message, accentue le « unh », s'il te plaît ». Est-ce que c'est vraiment un métier, ça, speakerine virtuelle? Si oui, combien sont-elles? Par exemple, je suis sûr que la fille qui susurre des horaires dans les halls d'aéroports, c'est la même que sur Arte.
Tout petit déjà, j'étais terrorisé par l'horloge parlante. J'imaginais un grand type sinistre, avec des moustaches en guidon de vélo, debout au garde à vous, éructant les secondes et les minutes en roulant des yeux furibards. Et impossible de le prendre en défaut. Vous aviez beau téléphoner n'importe quand, même à des heures indues, il était toujours là, fidèle au poste. Jusqu'au jour où il s'est tu, envolé dans je ne sais quelles limbes électroniques.
Ça me rappelle la séquence de « 2001 Odyssée de l'espace », le film de Kubrick (Arthur C. Clarke, l'auteur du bouquin, vient tout juste de disparaître), quand l'ordinateur de la navette se met à scander « Au clair de la lune » pendant qu'on le désactive. J'ai toujours trouvé cette scène poignante, sans doute parmi les plus bouleversantes de l'histoire du cinéma. Imaginez que ça arrive dans le bus. On en resterait sans voix.

vendredi 14 mars 2008

STARR SYSTEM



J'ai toujours eu une tendresse pour Ringo. Un temps, même, c'était mon Beatle préféré; au moins, lui, il ne la ramenait pas comme John, n'avait pas la suffisance de Paul et ne s'adonnait pas aux hindouiseries comme George. Avec son éternelle tête de bon gars mélancoliquement gai, on voyait bien que la frange ne lui allait pas du tout, qu'il l'avait adoptée juste pour être raccord avec les autres. Il avait de l'humour, Ringo. Je me souviens d'un de ses bons mots, lors d'une de ces fameuses conférences de presse beatlesiennes où les journalistes rivalisaient de questions débiles. A un type qui lui demandait « êtes vous un mod ou un rocker ?», il avait répondu « I'm a mocker ! ». Sans sa voix de canard aux approximations nasale , « Yellow submarine » ou « Octopus garden » ne seraient pas ce qu'elles sont: certes pas les meilleures chansons des Fab Four, mais des p'tites rengaines joviales qui donnent irrésistiblement le sourire. Après tout, c'était ça aussi, les Beatles.
On a toujours injustement sous-estimé le jeu de batterie de Ringo. Comme celui de Charlie Watts, d'ailleurs. Pourtant, c'était son drumming sec, simple, clair et efficace, sans fioritures roule-ta-caisse ni cymbales bastringues, qui réussissait à lier la tambouille, un peu comme un fond de sauce en cuisine. Ringo a toujours été un fédérateur, et pas qu'en musique: le seul qui soit resté copain avec tout le monde, c'est lui. Toujours prêt à aller donner un coup de baguette pour rendre service.
Il y a quelques mois, EMI a publié une compil des « oeuvres » de Ringo. Eh bien, tout ça est très charmant et s'écoute avec un tranquille plaisir: ça repose du génie torturé des autres. C'est carré, bonhomme et sans prétention, à l'image du personnage. De même, son nouvel album, intitulé « Liverpool 8 », n'a qu'un véritable défaut: la production banalement rock FM de Dave Stewart.
L'histoire de Ringo, c'est celle d'un brave type qui s'est trouvé là où il fallait et au bon moment. Comme un gagnant au Loto, qui en aurait fait profiter tout le monde. Merci, Richard le veinard.

mercredi 12 mars 2008

TOUT TOUT TOUT SUR LE ZIZI



On est mercredi et c'est le casse-tête hebdomadaire: comment vais-je distraire Simon, mon fils de 8 ans, qui me fait l'honneur d'accepter de passer cette journée en ma compagnie? Il va me falloir trouver une activité digne de réussir à l'extirper des péripéties virtuelles de sa fichue DS Lite (en ce moment, après Star Wars II, il attaque les Lapins Crétins, tout un programme), ou des dessins animés débiles (c'est mon avis de vieil amateur de « Blanche Neige et les 7 nains ») diffusés sur Télétoon. L'emmener au cinéma? Il a tout vu, le bougre, même « Bienvenue chez les Ch'tis », dont il prétend avoir tout compris, mort de rire. Aller au square d'en face, faire de la trottinette? Le square en question est en travaux depuis plusieurs mois et de toutes façons, la dernière fois, mon petit cascadeur a provoqué une émeute de nourrices hystériques en emboutissant un landau occupé et mal garé. Aller au MacDo? C'est contre mes convictions réunies d'anti-impérialiste écolo et d'amateur de frites belges.
Soudain, une idée de génie, en toute modestie: l'emmener à l'expo « Zizi sexuel » qui, m'a t-on dit, se déroule à la Cité des Sciences, porte de la Villette. Double avantage parental: ça occupera l'après-midi et ça m'évitera de répondre aux questions embarrassantes que le loustic ne manquera pas de me poser, un jour ou l'autre. C'est vrai qu'à son âge, ça me travaillait férocement. Quoi, ces créatures gloussantes aux mollets maigres et aux couettes ridicules, il me faudra les embrasser un jour? Comment ça, avec la langue?
Je me souviens que, une fois le terrible secret forcément dévoilé par un copain déluré, je déambulais dans les rues en dévisageant les couples avec une stupeur incrédule: ainsi ces gens d'apparence normale se livreraient à de tels grotesques rituels? Et mes parents aussi? Berk !
Adoncques, tout fier de ma trouvaille, je m'enquiers de la date et de l'heure de ladite expo. Facile, tu tapes « zizi sexuel » sur Google et paf, tu arrives direct sur le site, poil à la... pardon, je m'égare. Déjà, sur la page en question, y'a pas indiqué l'adresse. Remarque, tout le monde sait où ça se trouve la Cité des Sciences de la Villette. C'est à la Villette. Quant aux dates, ça semble correspondre: « jusqu'en janvier 2009 ». Parfait. On peut même « réserver en ligne » comme ils disent, ça évite de faire la... queue. Sauf que quand tu cliques, impossible de trouver le jour d'aujourd'hui, comme dit ma concierge. Serait-ce déjà complet? Tant pis, je téléphone pour m'en assurer. Evidemment, au bout du fil, l'inévitable « serveur vocal ». Qui te fait taper 1 pour, taper 2 pour, etc. T'énonce un descriptif de toutes les expos prévues dans ce sanctuaire de la découverte, jusqu'en 2011. Très bien, mais moi, je veux simplement parler à quelqu'un. J'ai préparé mon laïus, « bonjour madame, pardon de vous déranger, je voulais juste savoir si le zizi sexuel, ça marchait aujourd'hui... » Bizarre comme demande, mais clair, non ? Ben impossible. Pas moyen d'obtenir un correspondant, en chair, en os et en cordes vocales, à la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette. On n'arrête pas le progrès, comme dit mon facteur.
Du coup, j'ai renoncé. Le zizi, je zappe, ça sera pour une autre fois. En attendant, comment-vais je m'occuper, moi, cet après midi? Finalement, les Lapins Crétins, c'est peut être vachement bien.

mardi 11 mars 2008

A HARD DAY'S NIGHT



Evidemment. Fallait y penser. On se demande même pourquoi ils ont autant tardé. Le 1er février dernier, dans la bonne ville de Liverpool, Angleterre, a été inauguré le premier hôtel consacré aux Beatles. Non, vous n'y trouverez ni Paul déguisé en concierge, pas plus que Ringo faisant le groom. Mais 110 chambres décorées à la gloire des Fab Four, avec posters, peintures, reproductions diverses et variées. Pour les fans aisés, il y a même deux suites, respectivement attribuées à Lennon et McCartney (c'est quoi cet ostracisme ?). Dans la première, entièrement peinte en blanc, trône un exemplaire du fameux piano à queue qu'on voit dans la video d' »Imagine »; dans la seconde, où l'on a soigneusement évité tout mobilier en cuir, eu égard aux convictions végétariennes du héros, on a droit à un portrait du Paulo moustachu au dessus du lit et à ses armoiries de nouveau noble. Sweet dreams assurés, à condition de débourser la modique somme de 650 livres, faut pas rêver. Quant aux deux restos de l'édifice, ils diffusent en sourdine et toute la journée... la musique des Beatles, bravo, vous suivez.
Moi, je trouve que c'est une sacrée bonne idée. Qu'on devrait développer pour d'autres artistes. Par exemple, un Johnny Motel, dont la devise serait « retiens ta nuit ». Une auberge Sex Pistols, avec des épingles à nourrice fichées dans les plumards. Un gîte Rolling Stones où l'on pourrait balancer les postes de télé par la fenêtre. Un Elvis Palace, avec plein de sandwiches au beurre de cacahuète dans le mini-bar. Ou un relais The Police, avec des flics en uniforme surveillant les cellules, ah oui, ça existe déjà.
Après Hotel California et Morrison Hotel, voilà une nouvelle page de l'histoire du rock qu'on peut savourer les yeux fermés. La légende est bien gardée. On peut dormir sur ses deux oreilles.

lundi 10 mars 2008

KEITH TA LIFE



Y'a comme un truc qui cloche dans cette photo. A première vue, rien d'anormal. Un cliché représentant un Rolling Stone dans une chambre d'hôtel (vu le statut du groupe, c'est forcément un palace), en train de chatouiller sa guitare (électrique, Gibson ou Gretsch, mais pas branchée), sans doute pour passer le temps, entre deux concerts,deux interviews, ou en attendant le dîner. Le Stone en question arbore la mine convenue de la rock star pas dupe, moue blasée de circonstance et regard sombrement indifférent. Pareil pour la défroque, rien d'inhabituel, de la chemise léopard du dimanche jusqu'au bandana sortie de bain de corsaire, en passant par les colifichets au poignet et la fameuse chevalière à tête de mort. Bref, notre homme Keith à son naturel, un jour comme un autre dans son exaltante existence de luxueux troubadour binaire.
Sauf que sur le lit, sous un bouquin négligemment ouvert (la Bible? Les chroniques de Lester Bangs? Les mémoires de Thatcher? ), trône une valise. Pas n'importe laquelle, une valise de marque (on ne la citera pas, exprès), prisée par les touristes japonais et les divas mûres de la Riviera. Venant d'un vieux pirate comme Keith, on pourrait se dire que la valise, c'est rien qu'une contrefaçon, qu'il a achetée pour rigoler dans les souks de Kingston ou de Trinidad, genre. Sauf que non. Puisque cette photo illustre la dernière pub de la marque en question.
On n'a rien contre les stars qui font de la réclame, faut bien vivre, et de préférence vivre bien. Mais franchement, Keith, t'aurais pu choisir autre chose qu'une valoche. Toi, le rock'n'roll personnifié, le grand forgeur de riffs devant l'Eternel, le garant de l'orthodoxie rebelle (après tout, tu es l'un des rares survivants de l'époque qui ait résisté à l'envie d'être ennobli par la Reine), te trimballer avec un bagage aussi blaireau? Et tu mets quoi là dedans? Tes shilums, tes mediators, tes foulards, ton litre de Jack Daniels ? Tiens, Jack Daniels, voilà une pub qu'on t'aurait pardonné de personnifier, ça collait parfaitement à ton image de baroudeur sévèrement buriné. Mais là, franchement, une mallette de rombière, non. Pourquoi pas un vanity case ou un caddie, pendant qu'on y est ?
Allez Keith, on t'embrasse quand même. On tient à toi, avec ou sans musette. Porte toi bien, et gaffe aux cocotiers.

mardi 4 mars 2008

GRATTE MOI LA PUCE...


Ça me gratte partout. Depuis quelques jours, ça me démange, donc ça me dérange. Poux, puces, eczéma, prurit et autres mochetés scrofuleuses? Que nenni, affirme le dermato, qui s'y entend en gratouillis: c'est le stress. Ah, le stress, il a bon dos l'animal. C'est simple, dès que quelque chose va de travers, c'est la faute du stress. En anglais, ça veut dire « contrainte ». En tout cas, moi, le stress ça me fourmille, ça me chatouille et ça me picote. Faut que je m'enduise de crèmes et autres onguents et ça ira mieux. Merci docteur. Mais suffira t-il que je lui passe la pommade, à mon stress, pour qu'il disparaisse?
Se gratter, c'est le réflexe le mieux partagé du monde, toutes espèces vivantes confondues. Tout le monde à déjà vu les ours du zoo de Vincennes se frotter voluptueusement le dos sur un tronc d'arbre. Ou son chien agiter furieusement la patte arrière pour se secouer l'oreille, petit exploit antipodiste que peu d'humains réussissent à reproduire. Est-ce que les fourmis, les cafards ou les asticots se grattent? Faudra que je me renseigne.
Mais d'où viennent-elles ces démangeaisons qui vous titillent soudain, sans raison apparente, de préférence dans des endroits du corps difficiles à atteindre? J'ai un copain motard qui prétend que, dès qu'il est à 130 sur l'autoroute, ça se met à le démanger férocement dans la botte droite. Pas facile de se soulager, effectivement. Paraît que c'est un problème de terminaisons nerveuses, de récepteurs sensitifs planqués sous la peau qui se mettent à interpeller le cerveau.
En ce moment, il m'interpelle souvent, mon cerveau. C'est comme quand je gratte pour ce blog, il m'arrive de me demander si c'est bien utile, intéressant, judicieux, bref, à quoi ça sert. Sûr, ça doit être le stress.

lundi 3 mars 2008

JIVAROS


Curieux, je n'avais pas vraiment remarqué ça avant: au cinéma, on coupe les têtes. Plus exactement, dans les gros plans, on cadre les gens au ras du front, en leur supprimant le haut du crâne. J'ignore d'où vient cette mode (à cause du format 16/9 ? Pour planquer les tonsures des acteurs vieillissants?), mais elle est quasi-systématique. Comme tout ce qui est systématique a tendance à m'agacer, maintenant, je ne vois plus que ça. Quand je regarde un film, je guette l'instant fugitif où l'on découvrira l'intégralité du cuir chevelu du comédien.
Je ne sais pas moi, mais quand je prend quelqu'un en photo, je respecte son intégrité faciale, occiput compris. Même si mon cliché est flou ou que mon sujet arbore de magnifiques yeux rouges, au moins, on voit son crâne. Au ciné, ils n'ont jamais les yeux rouges (sauf dans les films gore), mais il leur manque un bout de tête.
C'est comme ces damnées télé censées reproduite le « seize-neuvième ». A écran plat et rectangulaire, donc, comme au cinéma, justement. Sauf que là aussi, ça vous bouffe l'image. Quand vous avez réussi à trouver le bon réglage vertical, que les gens n'ont pas l'air d'être filmés dans une glace déformante, tête écrasée et pieds plats, c'est à l'horizontale que ça se complique. Ça se remarque surtout quand le générique défile, il manque des lettres à chaque extrémité: etro Goldwyn Mayer présent n film d Uc Besso, vec Jean Ren , sabelle Adjan, etc.
Imaginez la tronche des lecteurs si on publiait des journaux comme ça. Mais là, on nous cache tout à droite et à gauche et personne ne dit rien, même pas le Canard Enchaîné. Drôle d'époque, on compresse la musique, on mutile les images, les présidents disent des gros mots et les gens du Medef s'engueulent entre eux. De quoi perdre la tête.