mercredi 27 février 2008

COCORICOUAC




La campagne, c'est cool. Un oasis de silence, rien que le bruissement du feuillage et le pépiement des oiseaux. Enfin, y'a aussi le vrombissement des vélomoteurs des mômes du village , même que je les soupçonne d'avoir bricolé leurs pots d'échappement rien que pour jouer aux 24 heures du Mans moto. Mais bon, on s'habitue, faut bien que jeunesse se passe, comme on dit. Sauf que la semaine dernière, aux aurores, une sorte de hululement sardonique me tire de mon sommeil, celui du juste, bien sûr. Késako? Une alarme de bagnole? Un coyote égaré dans la forêt de Fontainebleau? La Castafiore qui a emménagé dans le coin? Le couinement, genre Isabelle Boulay qui se serait coincé une phalange dans un tourniquet, perdure, par chapelets tonitruants. Ça recommence tous les quarts d'heures, impossible de se rendormir.
Inquiet, j'enquête. C'est un coq, inspecteur. Acheté par le voisin, pour faire plaisir à son épouse qui voulait sans doute jouer à être Marie Antoinette dans son petit Trianon. Un coq, donc, qui se balade en toute liberté dans le jardin mitoyen et pousse une gueulante quand ça lui chante. C'est à dire toute la journée. Un coq, c'est con. Rien qu'à voir la tronche de celui là, on est fixé: une sorte de gros poussah blanchâtre avec un plumet ridicule fiché sur un postérieur au dandinement grotesque, et de petits yeux méchants montés sur un cou agité de petits soubresauts vicelards. Pourquoi diantre nous autres français, avons nous choisi pour emblème un tel bestiau arrogant et criard ? Remarquez, la réponse est dans la question.
D'habitude, il m'en faut moins pour me dresser sur les ergots. Mais au bout de quinze jours de ce régime cocoricophonique, je craque. Après tout, le tapage diurne, ça existe, c'est répertorié, c'est même répréhensible. Mais je me vois mal aller chez les poulets pour porter plainte contre un coq. Que faire pour se débarrasser de ce damné gallinacé ? Le flinguer, moi qui suis incapable de faire du mal à une mouche ? Dresser ma chienne pour qu'elle me rapporte fièrement la volaille toute pantelante entre ses crocs ? Ca risque de prendre un moment vu que même le lancer de baballe ne l'intéresse que modérément. Filer en douce dix euros au gamin d'à côté pour qu'il écrabouille le volatile comme par mégarde avec sa saleté de mob customisée ? Aller parler au voisin, mais s'il milite à l'UMP et qu'il me réplique « casse toi pauvre con » ? Je vois d'ici le combat de coqs.
J'en suis là. Je me lève au chant du coq, me lave au chant du coq, déjeune au chant du coq, travaille au chant du coq, passe du coq à l'âne au chant du coq. Le seul avantage, c'est que mon Chantecler de banlieue se couche avec le soleil, donc longtemps avant moi. Alors j'en profite. C'est cool la campagne la nuit.

vendredi 22 février 2008

JURY JAUNE




Il est très bien, Philippe Manoeuvre. Je ne devais pas être le seul à le guetter, hier soir sur la 6, dans son rôle à priori incongru de juré dans l'émission « A la recherche de la nouvelle star ». C'est vrai quoi, qu'allait faire un rocker pur et dur comme lui dans cette galère variétoche ? Lui, l'ardent défenseur du rock'n'roll qui tache, le prosélyte des trois accords binaires, le biographe d'Iggy et de Lemmy, l'ex-boss de Sex Machine et le patron de Rock et Folk, en train de juger des apprentis Lara Fabian ou Christophe Willem? Pas du tout, me répliqua t-on, c'est pas la Star Ac, ça n'a rien à voir, c'est bien plus pop comme programme. Ah bon. Du coup, j'ai regardé.
Plus pop, je ne sais pas, mais plus rigolo, ça oui. Fallait les voir se tordre de rire, les jurés, Manoukian se bouchant les oreilles (pourtant, Liane Foly c'est lui, non?), Lio ourlant des moues incrédules sur ses lèvres purpurines (j'adore cet adjectif), Sinclair se tortillant façon funk et mon Manoeuvre, derrière ses vitres teintées, gloussant de joie féroce. Bon, moi aussi, j'ai ri. Parfois, il y avait de quoi, devant ces candidats improbables dont une bonne moitié n'avait pas du regarder la télé depuis Guy Lux, et dont l'autre n'aurait pas dépareillé le show de Jamel.
Mais quand même, sentiment de malaise. Voilà une émission qui, sous couvert d'aider de jeunes chanteurs en devenir, se fout ostensiblement de leur gueule. En ridiculisant devant des millions de téléspectateurs de pauvres branquignols qui, c'est vrai, n'auraient jamais du sortir de leur salle de bains ou de leur MJC locale, comme cette Cindy Truc qui se prenait pour la Céline Dion alsacienne et qu'on a renvoyé sèchement à ses concerts de patronage. Ca me rappelle le lycée, quand un grand type un peu demeuré qu'on surnommait Duduche piquait une crise et grimpait sur une table pour imiter Claude François. Tout le monde se tordait de rire méchamment mais lui, se voyait sincèrement en future star du music-hall. Je ne sais pas ce qu'il est devenu, peut-être qu'il bosse vraiment dans le show-biz, après tout.
Savent-ils, ces clowns malgré eux, qu'on les fait passer à la télé uniquement pour se gausser d'eux? Ont-ils accepté en connaissance de cause de devenir ainsi la risée nationale d'un soir? Vont-ils pouvoir affronter demain le regard moqueur de leur boulanger ou de leur facteur? Léo Ferré disait « on peut rire de moi, ça dépend de quel rire... » Celui d'hier soir était sans pitié.
A part ça, il y a eu un jeune mec qui chantait comme Damien Rice, un autre qui évoquait vaguement Ben Harper et une fille qui ressemblait à Amy Winehouse. Ils ont été sélectionnés. Et puis Philippe Manoeuvre était très bien.

jeudi 21 février 2008

L'ALLANT D'ALAIN



Le voilà... Cinq ans qu'on l'attendait, presque autant que les rumeurs circulaient au sujet de son auteur : il veut faire un album de reprises, il veut revenir au folk des années soixante-dix, il travaille avec Dominique A et Miossec, il enregistre des kilomètres de bandes dans un studio de Bruxelles...
Après « L'Imprudence », vertigineux recueil de cascades textuelles sur frissons symphoniques, on disait de Bashung qu'il était devenu précautionneux. Qu'il tâtonnait, hésitait, virevoltait, tournait en rond. C'était mal connaître l'animal. D'abord parce que c'est ainsi qu'il a toujours procédé : par à-coups, par cahots, par instinct, guettant l'accident salutaire, flairant l'imprévu aventureux.
Pas facile de bosser avec Bashung. C'est, en tous cas, ce que prétendent tous ceux qui ont collaboré avec lui, entre Bergman et Fauque, ses ex-paroliers. C'est qu'on a beau lui proposer les ingrédients les plus variés, les stances les relevées, sa tambouille, il est le seul à savoir la cuisiner, l'épicer, la cuire et recuire à volonté. Jusqu'à en extirper la substantifique moëlle, cette saveur Bashung à la recette mystérieuse, chaque fois différente mais aisément reconnaissable.
Ainsi donc, le Bashung nouveau s'intitule « Bleu pétrole », et mélange chansons ou textes de Gaëtan Roussel, Gérard Manset, Arman Méliès ou Joseph D'Anvers. A première écoute, bien qu'il n'ait que peu participé à l'écriture, c'est du pur Bashung millésimé, ce mariage de corps caverneux et de muscles veloutés, clins d'yeux buddyhollyens et réminiscences gainsbouriennes, senteurs folk-rauques et cordes au cordeau. Avec ses singles éventuels (« Je t'ai manqué », « Résidents de la république »), ses tracasseries sémantiques (« Hier à Sousse », Comme un lego »), ses souffles sulfureux (« Sur un trapèze », « Je tuerai la pianiste , ses envolées voilées (« Vénus », « Le secret des banquises »). Et ses deux reprises sans accrocs, le voyage solitaire de Manset et la Suzanne de Cohen francisée Graeme Allwright.
Au final, entre volutes de « Roman Photo » mâtinées de cicatrices de « Play Blessures » et des hardiesses d' « Osez Joséphine », acoustique résolument, caustique pas vraiment, on se sait trop que penser de cet ovni avenant. Où le ranger, comment l'étiqueter. Ni innovant ni énervant, ni nerveux ni navrant. A la fois familier et étrangement distant, sobre et forcément séduisant. Bashung, tout simplement.

vendredi 15 février 2008

CHAUD BUSINESS

Panne de chauffage. C’est arrivé hier soir, sans raison apparente. La chaudière, qui ronronnait avec sa coutumière bienveillance tranquille a soudain émis un petit hoquet étranglé avant de s’éteindre dans une dernière convulsion aromatisée au fioul. Allons bon, me dis-je, inquiet mais calme, voilà encore le gicleur qui est encrassé. J’aime bien le mot gicleur, rien d’érotique, ça m’évoque plutôt une bienfaisante pluie de pétrole, comme dans l’album de Lucky Luke « A l’ombre des derricks » (à moins que ce ne soit dans « Tintin au pays de l’or noir» ). Bref, quelque chose de rassurant : quand ça gicle c’est que ça fonctionne.
Me voilà donc à quatre pattes, armé d’un tournevis et d’une paire de pinces adéquates, en train de démonter le fameux gicleur. Qui se révèle propre comme un sou neuf, aussi insolemment luisant que le crâne d’Obispo. Alors ce doit être le combustible, après tout une chaudière ça marche comme une bagnole, quand y’a plus d’essence, ça s’arrête. Sur la jauge, encore sept cents litres. OK, vérifions le circuit électrique. Pas de problème, le fusible est irréprochable, le courant passe. Bigre. Reste plus qu’à appeler le dépanneur qui, comme de bien entendu, est sur répondeur. Les dépanneurs, c’est leur métier, sont toujours sur répondeur, donc ne répondent jamais.
Une nuit sans chauffage, après tout j’en ai supporté d’autres. Engoncé sous trois couches de pulls et enroulé dans une couverture, j’ai une petite pensée pour les SDF. Les alpinistes aussi, pelotonnés dans leurs duvets à trois mille mètres d’altitude sur les flancs de l’Everest. Ou les premiers hommes, emmitouflés dans des peaux d’aurochs au fond de leurs cavernes glacées.
Je claque des dents mais je philosophe. Étonnant comme le manque soudain d’un confort tellement usuel qu’on n’y prête même plus attention, peut vous faire revenir à une condition primitive. Comme on se sent démuni et misérable, seul et abandonné dans une nature hostile, juste parce qu’un bête chauffage a décidé de se mettre en grève. Qu’une seule chaudière vous manque et tout vous semble dépeuplé. ELM- Leblanc, Saunier-Duval et autres Chaffoteaux-Maury, mes amis, vous êtes sans le savoir, des sortes de bienfaiteurs de l’humanité bourgeoise. Sans vous, nous ne sommes que de pauvres hères grelottants, de vulnérables bipèdes épilés à l’épiderme fragile, à la chair de poule pâlotte et au postérieur gelé. Ça donne froid dans le dos rien que d’y penser.
Quant au dépanneur qui ne m’a toujours pas rappelé, il va voir de quel bois je me chauffe.

mercredi 13 février 2008

C'EST PAS LA JOIE

(cliquez sur le titre)
Solutions binoclardes d'hier: Buddy Holly, Christophe Willem, Roy Orbison, Nana Mouskouri, Elvis Costello.

mardi 12 février 2008

OPTIC 2008

A qui sont ces binocles qui s’entrechoquent ?
(Réponses demain…)

lundi 11 février 2008

I SAY YES, YOU SAY NO...


Tout le monde connaît le jeu du ni oui ni non. À une série de questions posées sur un rythme de préférence très rapide, il ne faut répondre ni par oui, ni par non. Tout en évitant les trop faciles « absolument », « tout à fait » et autres « c’est cela ». Donc en empruntant diverses circonvolutions oratoires plus ou moins tarabiscotées, histoire d’opiner ou de nier en ne prononçant aucun des termes fatidiques. Un jeu auquel les politiciens professionnels ont inventé une variante perverse, l’art de ne pas répondre tout en faisant croire le contraire. Ça s’appelle la langue de bois, version moderne du « p’têt ben kwoui-p’têt ben knon » qu’on prêtait jadis aux natifs de l’Auvergne.
A priori, donc, l’émission animée sur LCI par Michel Field, avait tout pour être distrayante, au moins cinq minutes. Le principe en est, au contraire, de demander aux invités, souvent des hommes politiques, de ne répondre QUE par oui ou non. Style, « pensez vous que le mariage de Nicolas Sarkozy est une bonne chose pour son image ? » Ou encore, moins rigolo, « les Verts seront-ils les arbitres du duel des municipales à Paris ? » On se pourléchait déjà les babines à l’idée d’assister au spectacle peu commun de professionnels de la rhétorique ampoulée forcés d’aller contre leur nature. Ça nous aurait rappelé le timide et historique acquiescement de Mitterrand, prunelles clignotantes comme une damoiselle effarouchée, lorsqu’on lui avait demandé fin 1987 si oui ou non il serait à nouveau candidat à la présidence de la république.
Sauf que personne ne joue vraiment le jeu sur LCI. Au début, les invités de Field font semblant de se plier à la règle, tout en ajoutant par-ci par-là un petit commentaire rapide. Et puis le naturel, chez le questionné comme chez le questionneur, revient au galop et ça se termine par un jeu de questions tout ce qu’il y a de plus classique. On pourrait varier l’exercice, en reprenant par exemple le principe du jeu de « Jacques a dit ». Suffirait de remplacer le prénom par celui de Nicolas. Au fait, l’autre samedi matin à l’Elysée, on aimerait bien savoir sur quel ton, enflammé, romantique ou triomphal, Carla a dit oui. Mince, perdu.

vendredi 8 février 2008

CULS DE SACS


C’est la course des sans sac. Même Libé leur consacre une page aujourd’hui, preuve que c’est sacrément tendance. Les aspirateurs sans sac, tout le monde aspire à en posséder. Surtout les hommes, paraît-il, parce que c’est design et techno. Moi qui suis du sexe masculin et plutôt gars pratique, ça peut m’intéresser. Finies les références ésotériques aux codes barbares, genre XLT845 ou EL117M, un vrai sac de nœuds pour dénicher l’étui à poussière adéquat. Finies aussi les tentatives désespéréres pour extraire l’animal une fois qu’il est plein, tentatives qui se soldent en général par un éventrement accidentel du machin, dégorgeant toutes ses saletés sur la moquette que vous veniez de récurer.
Les aspirateurs sans sac, je suis pour, même si je ne comprends pas très bien comment ça fonctionne. Une fois ingurgités, que deviennent les poils de chien, les miettes de pain et autres cendres de cigarettes ? Désintégrés, évaporés ? Ashes to ashes ? Ou alors, il faut vider le boîtier, ce qui repose les mêmes problèmes que précédemment. A moins d’être obligé de réaspirer le tout au moyen d’un autre engin, cette fois muni d’un sac… Va falloir que je me renseigne sérieusement.
Mais le problème, le vrai, ça n’est pas la présence ou non d’un sac. Non, c’est le fil. Le câble électrique censé regagner tout seul son logis, grâce à un bouton qui actionne un ressort. Enroulement automatique, que ça s’appelle. Bernique. En général, le truc renâcle à fonctionner au bout d’un mois ou deux. Déjà que ce satané fil s’enroule partout au gré de vos circonvolutions aspiratrices, pieds de chaises, de tables, coins de canapé et autres obstacles mobiliers, en plus faut le ramener manuellement à la niche. Par à-coups tortillés, par soubresauts guidés, de préférence à croupetons.
Monsieur Dyson, vous qui faites le malin à la télé en moquant nos pauvres pratiques néanderthaliennes d’adeptes retardataires du sac à puces, pourquoi n’inventez vous pas un aspirateur sans fil ? Déjà que l'objet n’a pas beaucoup évolué depuis les années cinquante, toujours les mêmes bêtes tuyaux mal embouchés et dont le plastique finit invariablement par se fendre. Je ne sais pas moi, pondez nous quelque chose d’aérodynamique sur coussin d’air avec alimentation solaire. Qu’on puisse enfin vider notre sac tout en se ménageant.

jeudi 7 février 2008

JUKE BOX OFFICE



Dans la rue, une affiche sur une colonne Morris, celle d’un nouveau film intitulé « PS, I love you ». Évidemment, le titre rappelle quelque chose… même si le long-métrage en question n’a sans doute rien à voir avec les Beatles. Du coup, petite réflexion amusée : c’est fou le nombre de productions cinématographiques dont les titres s’inspirent de chansons. L’année dernière, on a eu droit à « Quand j’étais chanteur » (Delpech), « J’veux pas que tu t’en ailles » (Jonasz), « Nos retrouvailles » (Nilda Fernandez), « Suzanne » (Cohen et bientôt Bashung…), « Catch a fire » (Marley) et « Across the Universe » (Beatles encore). Cette année encore, ça va pulluler. Sont prévus, en vrac, « California Dreaming » (Mamas and Papas), « Dancing Queen » (Abba), « L’Eté indien » (Dassin), « Modern love » (Bowie), « Bancs publics » (Brassens), « Lady Jane » (Stones) et autre « Mes amis, mes amours » (tiens, manque « mes emmerdes »…)
Du coup, je me suis amusé à consulter la liste des films des dernières années. De « Pretty woman » à « Brown Sugar », en passant par « Les lundis au soleil », « Emmenez moi » ou « Les mots bleus », y’a de quoi animer des tas de soirées entre amis musico-cinéphiles. Comme j’aime bien les jeux bêtas, voilà quelques titres glanés au hasard, tous inspirés de chansons. Saurez vous rendre leur interprète à chacun d’entre eux ?
« Quand la mer monte », « Lovely Rita », « Laisse mes mains sur tes hanches », « All tomorrow’s parties », », « J’me sens pas belle », « American pie », « On va s’aimer », « Memories », « Au suivant ! »
Ce qui serait vraiment chouette, c’est que les chanteurs, à leur tour, s’amusent à affubler leurs chansons de titres de films. Imaginez « Le Docteur Jivago » par Cali, « La nuit du chasseur » par Michel Delpech, « Sueurs froides » par Florent Pagny, « Les Valseuses » par Dave, « Le Vieux fusil » par Bernard Lavilliers, « L’ Eternel retour » par Johnny Hallyday, « Usual suspect » par Joey Starr, « M. le maudit » par Mathieu Chédid, « Alien » par Christophe Willem ou « Million dollar baby » par Carla Bruni. De quoi relancer l’industrie du disque…

mercredi 6 février 2008

VOL DE NUIT


La nuit, je vole. Pas des amphores au fond des criques, n’en déplaise à Bashung. Non, je vole, en rase-mottes, à tire d’aile. Je me déplace dans les airs, par-dessus les clochers, les collines, les rivières. Ça plane pour moi. J’ai commencé tout petit, à l’âge où d’ordinaire on ne songe pas encore à quitter son nid. Je m’en souviens précisément. Y’avait un ogre, une immonde créature velue aux canines protubérantes, qui avançait sur moi en bavant. Réflexe désespéré, instinct de survie, je me suis mis à battre des avant-bras en cadence, frénétiquement. Et j’ai décollé. Au début, péniblement, par à-coups, comme un vieux coucou en manque de carburant. Peu à peu, ça s’est amélioré. De la position debout, jambes ballantes, je me suis incliné lentement sur le flanc, jusqu’à adopter une posture plus confortable, semblable à celle du baigneur débutant.
J’ai appris à voler avant de savoir nager. Oh, pas très haut, bien sûr, juste assez pour éviter les ogres poilus et autres garous affamés. Au fil du temps, j’ai amélioré ma technique. D’une navigation de clébard fébrile, je suis passé à une sorte de crawl élégant, bras et jambes à l’unisson, oreilles au vent. Et travaillé l’atterrissage, en douceur, en souplesse. Du coup, j’ai atteint des sommets. Me suis inventé des paysages, des monts et des vallées à survoler. Des nuages à pourfendre, des brumes à esquiver. Je suis à la fois Super Pan et Peter Man.
Le problème, c’est qu’on grandit. La nuit, il y a de moins en moins de monstres à qui échapper. Alors, forcément, on se rouille. Je vole de plus en plus rarement, ça me manque. Une fois, je m’en suis confié à une sorte de docteur, un spécialiste, paraît-il. Il m’a affirmé que voler la nuit fait partie d’un patrimoine onirique collectif. Ah bon, je ne suis pas le seul ? Freud a même fourni des interprétations : voler comporte une signification sexuelle, la représentation inconsciente du coït. Comme l’impression de chute vertigineuse qui symbolise la castration, ou la sensation de perdre ses dents, la masturbation. Si tu te crashes en paumant tes quenottes, t’es mal barré.
Et moi qui trouvais ça poétique de voler la nuit… En fait, je ne serais qu’une espèce d’obsédé frustré, victime de pulsions inassouvies. Pince-moi, je rêve.

P.S. la solution des moustaches d’hier : (de gauche à droite) Jean Ferrat, Louis Chédid, Francis Cabrel, Georges Brassens, Freddie Mercury.

mardi 5 février 2008

AH ! LES BELLES BACCHANTES !

À qui sont ces moustaches qui chantent sur nos têtes ?

(Réponses demain...)

lundi 4 février 2008

MÉMENTO


Je n’ai pas de mémoire. Ou plutôt, j’ai l’impression qu’elle s’amenuise avec l’âge. Normal, paraît-il, synapses et neurones vieillissent avec nous. Pourtant, les chercheurs ont découvert que le cerveau humain, donc le vôtre et le mien, est capable de stocker l’équivalent d’un million de milliards de bits informatiques. En comparaison, les ordinateurs les plus sophistiqués n’affichent qu’une capacité de 1024 milliards. Nous les battons donc à plate couture, sauf que nous, impossible de rajouter des barrettes. Enfin, pour le moment…
Donc, j’ai la mémoire qui flanche. Par exemple, il m’arrive de chercher désespérément le titre d’un disque, d’un film ou d’un bouquin que, pourtant, je connais par cœur. Merde, comment il s’appelle déjà le californien écolo dont Cabrel a repris la chanson « Rosie » ? Et le mec qui chantait « Baker Street », avec le riff de sax, là, même que j’ai dansé le slow dessus ? Je confonds Kenneth Brannagh et Gary Oldman, Vincent Price et Christopher Lee, Anthony Hopkins et Anthony Perkins. Je mélange « Le meilleur des mondes » avec « La guerre des mondes », c’est un monde. Chez moi, il ne s’agit pas de trous de mémoire, mais de ravins, de gouffres, d’abîmes.
Pire, il peut m’arriver de déjeuner avec quelqu’un et de ne pas le reconnaître dans la rue, un mois après. Lors des quelques soirées vaguement mondaines auxquelles je suis parfois professionnellement obligé d’assister, je serre chaleureusement des tas de mains dont j’ai oublié à qui elles appartiennent. Le plus gênant, c’est quand quelqu’un, à côté de moi, attend d’être présenté.
Pourtant, Dieu sait si, comme tout-un-chacun, j’ai l’esprit encombré par des tas de codes et de numéros (porte d’entrée, carte bleue, sécurité sociale, téléphone, dates d’anniversaires, etc). Que je conserve bêtement des souvenirs antediluviens, comme la fois où je suis tombé le cul dans une bassine d’eau en voulant sauter par dessus comme Jean Marais dans Le Capitaine Fracasse, ou le nom entier de la petite correspondante allemande qui me disait tout le temps « Ich bin müde » quand je l’emmenais se balader en forêt pour pouvoir l’embrasser.
Tout cela, renseignements pris, n’est qu’un problème d’interaction de mes synapses cholinergiques et glutamalergiques avec le canal calcium qui permet d'activer les vésicules synaptiques contenant les neurotransmetteurs d'acétylcholine. Pas de quoi s’alarmer outre mesure. Faites moi juste penser à consulter.

vendredi 1 février 2008

COPIÉ - COLLÉ


C’est la grande affaire du moment : Lavilliers surpris en « flagrant délit de plagiat » par mon excellent confrère Bertrand Dicale.
Adoncques, le sieur Nanard se serait largement inspiré de deux poètes nommés Claude Roy et René Laporte, sans les créditer sur son dernier album. Bon. C’est pas beau, c’est sûr, d’autant que certains fins limiers affirment que ce n’est pas la première fois. Pas question ici de se transformer en tribunal, il y a des professionnels pour ça. Mieux vaut tenter de réfléchir sur la frontière ambigüe entre inspiration et copie. Ou plutôt, la différence entre l’emprunt fautif et l’imitation créative.
Les exemples ne manquent pas, surtout en littérature. Thierry Ardisson a été condamné pour avoir recopié dans son roman « Pondichéry » des passages d’un livre d’Yvonne Robert Gaebele. On retrouve les mêmes extraits d’entretiens avec Mitterrand dans le « Verbatim » de Jacques Attali, le livre d’Elie Wiesel et la biographie de Jean Lacouture. Calixthe Beyala a été soupçonnée de s’être largement inspirée de Romain Gary. « La bicyclette bleue » de Régine Desforges a fait l’objet d’un procès retentissant intenté par les héritiers de l’auteur d’ « Autant en emporte le vent ». Henri Troyat, Françoise Sagan, Paul Guth, Jean Vautrin, Bernard-Henri Lévy, entre autres, se sont vus un jour, à tort ou à raison, accusés de contrefaçon. La liste serait bien longue, comme celle des ouvrages juridiques ou philosophiques consacrés à l’art (puisque parfois c’en est un) du plagiat.
Car après tout l’artiste n’invente rien. Il transcende un héritage, tente de le faire sien, à sa manière, avec son talent. On peut pasticher Dylan sans le contrefaire (Kaolin) comme dupliquer Chopin sans l’imiter (Gainsbourg). On se souvient des procès célèbres qui opposèrent George Harrison et les Chiffons (« My sweet Lord »), Rod Stewart et Jorge Ben (« Da ya think I’m sexy ? »), ou, plus près de nous Michael Jackson et Manu Dibango (« Soul Makossa »). Dans les années 60, Francis Blanche animait à la radio une émission intitulée « Marions les », dans laquelle il s’amusait à comparer les chansons qui présentaient de troublantes ressemblances. Ainsi « A whiter shade of pale » de Procol Harum avec l’Aria suite n°3 de Bach, « Tout l’amour que j’ai pour toi » de Dario Moreno avec « La lettre à Elise » de Beethoven, « Love me please love me » de Polnareff avec « Georgia » de Ray Charles, ou « Le Loir et Cher » de Delpech avec le « Get Back » des Beatles. Un internaute vinylmaniaque à l’oreille fureteuse a même consacré un site à recenser ce genre de coïncidences harmoniques.
La morale de l’histoire ? Y’en a pas. Juste que ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes. Et si on condamnait Lavilliers à recopier 500 fois « je ne copierai plus » ?