
La campagne, c'est cool. Un oasis de silence, rien que le bruissement du feuillage et le pépiement des oiseaux. Enfin, y'a aussi le vrombissement des vélomoteurs des mômes du village , même que je les soupçonne d'avoir bricolé leurs pots d'échappement rien que pour jouer aux 24 heures du Mans moto. Mais bon, on s'habitue, faut bien que jeunesse se passe, comme on dit. Sauf que la semaine dernière, aux aurores, une sorte de hululement sardonique me tire de mon sommeil, celui du juste, bien sûr. Késako? Une alarme de bagnole? Un coyote égaré dans la forêt de Fontainebleau? La Castafiore qui a emménagé dans le coin? Le couinement, genre Isabelle Boulay qui se serait coincé une phalange dans un tourniquet, perdure, par chapelets tonitruants. Ça recommence tous les quarts d'heures, impossible de se rendormir.
Inquiet, j'enquête. C'est un coq, inspecteur. Acheté par le voisin, pour faire plaisir à son épouse qui voulait sans doute jouer à être Marie Antoinette dans son petit Trianon. Un coq, donc, qui se balade en toute liberté dans le jardin mitoyen et pousse une gueulante quand ça lui chante. C'est à dire toute la journée. Un coq, c'est con. Rien qu'à voir la tronche de celui là, on est fixé: une sorte de gros poussah blanchâtre avec un plumet ridicule fiché sur un postérieur au dandinement grotesque, et de petits yeux méchants montés sur un cou agité de petits soubresauts vicelards. Pourquoi diantre nous autres français, avons nous choisi pour emblème un tel bestiau arrogant et criard ? Remarquez, la réponse est dans la question.
D'habitude, il m'en faut moins pour me dresser sur les ergots. Mais au bout de quinze jours de ce régime cocoricophonique, je craque. Après tout, le tapage diurne, ça existe, c'est répertorié, c'est même répréhensible. Mais je me vois mal aller chez les poulets pour porter plainte contre un coq. Que faire pour se débarrasser de ce damné gallinacé ? Le flinguer, moi qui suis incapable de faire du mal à une mouche ? Dresser ma chienne pour qu'elle me rapporte fièrement la volaille toute pantelante entre ses crocs ? Ca risque de prendre un moment vu que même le lancer de baballe ne l'intéresse que modérément. Filer en douce dix euros au gamin d'à côté pour qu'il écrabouille le volatile comme par mégarde avec sa saleté de mob customisée ? Aller parler au voisin, mais s'il milite à l'UMP et qu'il me réplique « casse toi pauvre con » ? Je vois d'ici le combat de coqs.
J'en suis là. Je me lève au chant du coq, me lave au chant du coq, déjeune au chant du coq, travaille au chant du coq, passe du coq à l'âne au chant du coq. Le seul avantage, c'est que mon Chantecler de banlieue se couche avec le soleil, donc longtemps avant moi. Alors j'en profite. C'est cool la campagne la nuit.












